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La Bande-dessinée a fait des bulles au Salon du livre

Publié par G Groupe X Bakchich

Le Salon du livre, édition 2015, vient de fermer ses portes et cette année, il ne fallait pas rater le stand central : « Auteurs en colère ». Les dessinateurs et scénaristes de bandes-dessinées avait aussi leur bulle à dire.

« À ceux qui oublient qu'il faut des auteurs pour faire des livres ». Voici le titre cinglant de la lettre ouverte rédigée par le Conseil permanent des écrivains (CPE), ouverte à qui veut bien s’en préoccuper évidemment, lettre qui s’achève par une liste de 1740 signatures recueillies en quelques jours seulement : auteurs, essayistes, dessinateurs… Tous en colère, donc. C’est samedi après-midi, 21 mars, que quelque 200 personnes (au jugé) ont arpenté les allées du Salon du livre, banderoles à la main, panneaux sens interdit fièrement brandis, indiquant « Pas d’auteurs, pas de livres ». Cette manif, c’est une première pour le Salon qui en est tout de même à sa 35ème édition. Nous, on a bien compris que si personne n’écrit, personne n’a rien à lire, c’est un peu ce qui se passe en ce moment entre vous et moi. Si je n’écris rien, vous ne lisez rien (et vous êtes triste, mais ça c’est un autre débat). Pour les "œuvres papier", c’est pareil. Et donc, après avoir manifesté au Festival de Saint-Malo puis à celui d’Angoulême, les auteurs de BD ont rejoint le mouvement de grogne du Salon du livre, mouvement qui pose de nouveau la question de la reconnaissance de la création artistique à cause de cette réforme que l’Etat envisage de faire passer et qui viendrait mettre un coup de ciseau (un autre) dans les « maigres revenus » des auteurs. Il est question de survie des auteurs. Bien entendu, tous ne sont pas logés à la même enseigne, mais on estime à 10% le nombre d’auteurs de bandes-dessinées qui vivent de leur art. Nous, à Bakchich, la BD on adore, c’est rien de l’écrire, alors on soutient et on cherche à comprendre.

       

La cause de  la grogne c’est donc ce projet de réforme de l’Etat, glissé en douce un soir de mai 2014 (sans concertation), un projet qui entend augmenter les cotisations de retraite et de sécurité sociale des auteurs. Comment ? En supprimant la possibilité de choisir un forfait, et en imposant un pourcentage fixe indexé sur les revenus annuels. Ainsi, Emmanuel de Rengervé, secrétaire général du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC), qui a sa bulle à dire dans ce mouvement, estime : « Les auteurs dont les revenus oscillent entre 10 000 et 15000 euros par an, passeront d’une cotisation forfaitaire (retraite et sécurité sociale) de 438 € par an, à un versement d’environ 1800 € ». La réforme passe mal. Marc-Antoine Boidin, dessinateur de BD depuis une quinzaine d’années a participé à la manif du Salon du livre : « Quand on est pleins aux as, évidemment ce n’est pas grave, mais dans la majorité des cas, cela représente 1 mois de salaire pour l’auteur, c’est énorme ».

La faute aux éditeurs  

Depuis l’année dernière, le Syndicat national des écrivains, le CPE, le Snac et autres instances ont multiplié les rencontres avec les différents ministères concernés. Il y a discussions, écoute et échanges mais pour l’heure, aucun retour. « Nous ne sommes pas opposés à la réforme, explique Emmanuel de Rengervé, car au final, cotiser davantage c’est assez positif pour la retraite, mais certains auteurs n’ont pas les moyens de vivre au ralenti maintenant pour vivre mieux (peut-être) dans X années ». Des pistes de réflexion ont été proposées comme la mise en place d’un pourcentage fixe de 4% (au lieu de 8%) applicable de façon progressive… Ils espèrent être prochainement convoqués, avant le passage de la loi, du moins.

   

Marc-Antoine Boidin (ci-dessus) et Li-An (ci-dessous), auteurs et dessinateurs de BD, soutiennent le mouvement.

Peut-on parler de crise de la bande-dessinée ?  La BD se vend, mais, disons que la BD représente 5000 titres qui sortent chaque année, soit plus de 13 par jour, et certains ouvrages ne sortent parfois jamais du carton du libraire par manque de place en rayons. Une production importante qui fait le lit des éditeurs lesquels se permettent de commander des BD avec des « avances remboursables sur les droits d’auteur » toujours plus faibles, voire, sans avance pour les petites maisons d’édition, l’auteur étant uniquement rémunéré en droits (de 4 à 10% sur chaque vente), à partir d’un certain nombre d’exemplaires vendus. Et parfois, il ne touche rien du tout car le seuil d’exemplaires à vendre n’est pas atteint.

Le numérique pourrait changer la donne

Les chiffres du livre sont opaques. Mais au SNAC, on estime que le prix payé par le lecteur à l’achat de sa BD est réparti comme suit : 50 à 60% reviennent aux diffuseurs (librairies, transport, diffusion), 35 à 40 % à l’éditeur et 5,5% à l’Etat (TVA). A l'éditeur de rémunérer l’auteur. Quelques éditeurs, comme Hachette par exemple, font également office de diffuseurs et se sucrent sur les deux tableaux. Pour Li-An, illustrateur BD depuis plus de 20 ans, « la BD est en train de vivre une mutation assez effrayante pour les auteurs. Nous avons déjà manifesté à trois reprises dernièrement, mais pas grand-chose ne semble se débloquer ». Changement de goûts culturels, arrivée du numérique, industrialisation … Marc-Antoine Boidin, père de La guerre des Sambre, a déjà songé éditer ses propres bandes-dessinées : « Bien sûr, gagner davantage sur nos créations aiderait à la reconnaissance du métier et du temps passé (10 à 12 heures de travail quotidien pendant 1 an pour un ouvrage, ndlr), mais c’est compliqué, le statut d’auteur-éditeur n’est pas clairement défini. Peut-être que l’arrivée du numérique permettra de détacher l’auteur de l’éditeur, qui sait ? ».

Une grogne justifiée donc, où tous entendent protéger les « petits auteurs » qui font que la production franco-belge de bande-dessinée n’est pas (encore) à l’image des comics américains (personnages à licence, adaptation au cinéma, produits dérivés ...). Et, malgré l’incertitude que traverse la profession, ceux que nous avons interrogés n’ont aucune envie de raccrocher les planches, ils assurent « s’éclater dans leur métier » et souhaitent que « d’autres puissent l’exercer et en vivre décemment ». A bon entendeur.

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