Ch
Logo

Pulp : A Film about Life, Death & Supermarkets : Voilà, c’est fini

Publié par G Groupe X Bakchich

L’ultime concert de Pulp, un des meilleurs groupes de britpop. Un grand film rock, dôle et émouvant, doublé d’une chronique sociale sur une ville en pleine déliquescence.

Rock et cinéma font rarement bon ménage. Difficile de fixer sur pellicule 24 fois par seconde la sueur, le sexe, l’énergie du rockn’roll. Si la plupart des films de fiction sont à côté de la plaque, les documentaires ratent également leurs cibles. Et pour un sublime George Harrison par Scorsese, le drolatique Some Kind of Monster de Metallica ou When you’re Strange sur les Doors, combien de concerts inutiles, mal filmés, inodores, sans saveur, combien de docs bourrés d’interviews complaisantes de stars auto-satisfaites ?

Rockn’ roll, prolos et petites culottes

Comme le dernier concert de David Bowie en Ziggy Stardust en 1973, Pulp : A Film about Life, Death & Supermarkets (quel titre génial !) se concentre sur l’ultime concert du groupe de britpop Pulp dans leur ville d’origine, Sheffield, le 8 décembre 2012. Mais le cinéaste Florian Habicht ne capte pas seulement l’excellente performance musicale du groupe, d’ailleurs, la plupart des chansons sont sabotées, même pas filmées dans leur intégralité. Pour ce retour au bercail de Pulp, Florian Habicht balade sa caméra dans la ville - aussi accueillante qu’une lame de rasoir rouillée - entre les étals des poissonniers ou des bouchers, au milieu des HLM vétustes, les kiosques où les vendeurs de journaux devisent gentiment sur la rivalité de Pulp et d’Oasis, devant le Motorpoint Arena où attendent des fans transis de froid, dans un gymnase où une chorale de femmes chantent un des tubes de Pulp, Common People. Ces « Common People » (gens ordinaires) sont d’ailleurs au cœur du film. Des prolos, des commerçants, des enfants, des mémés, des freaks, cette jeune femme qui customise ses sous-vêtements avec le prénom « Jarvis », des fans, les chômeurs et les pauvres d’une ville sinistrée, ancienne capitale mondiale de l’acier.

Poor is cool ?

Si Jarvis Cocker, le leader de Pulp, devise gentiment sur le groupe, ses séparations à répétition, le gloire tardive, ses cheveux, la gastro, le concert du soir devant les amis, la famille, c’est surtout les habitants de Sheffield qui prennent la parole. C’est parfois anecdotique, souvent drôle ou touchant, notamment quand le cinéaste interviewe deux mômes aux yeux tristes persuadés que le film va faire d’eux des vedettes. Ces membres de la working class sont l’ADN du film et des paroles des chansons de Pulp. Très intelligemment, Florian Habicht met en correspondance ces témoignages tour à tour désespérés ou drôles (« We are the Champions est ma chanson préférée de Pulp ») avec les paroles de Jarvis Cocker et nous donne à écouter quelques unes des plus belles chansons de Pulp, qui sont traduites à l’écran. Et je me suis alors souvenu que Jarvis Cocker est sans conteste un des meilleurs song writers anglais, un auteur de textes brillants, subversifs, impudiques, de petites nouvelles incisives qui racontent l’ennui, le sexe, les différences de classes, l’extase ou la solitude dans les centres commerciaux ou les HLM défoncés. Comme ici dans Common People :

Sing along with the common people,

Sing along and it might just get you through.

Laugh along with the common people,

Laugh along even though they're laughing at you,

And the stupid things that you do.

Because you think that poor is cool.

La musique en étendard

Pulp : A Film about Life, Death & Supermarkets est donc un grand film rock car il brosse le portait tendre et sincère de Jarvis Cocker, rock star pas dupe et working class hero de toute une ville. Et surtout, il livre un témoignage nostalgique sur ce qui fait l’essence même du rock : ses fans. Des fans qui n’ont plus que leur dignité et une poignée de chansons de Pulp qu’ils brandissent tel un étendard et qu’ils chantent une dernière fois, lors d’un concert-communion qui fait chaud au cœur.

Pulp : A Film about Life, Death & Supermarkets de Florian Habicht

En salles depuis le 1er avril 2015

Mots-clefs : , , ,

Publié dans la catégorie Société
Sur le même sujet
Small sans titre THE ANGRY CATS : DU ROCK’N’ROLL ET DES IDÉES 0
20 juin 2014   Bakchich : Peux-tu faire une rapide présentation de The Angry Cats? Fred Alpi : Le gr...
Small jpg ukulele 0 Le cabas culture de la semaine 0
4 juillet 2009 Le prix du cabas de la semaine : 39,5 euros. Les courses de la semaine : des courts suédois, un ...
Le ver Sarko est dans le fruit militaire 0
4 août 2008 On croit rêver : pour pallier le départ des troupes françaises stationnées dans l’Est, Sarko envi...
Small jpg cabas albin Cabas Culture (du 8 au 14 mai) 0
8 mai 2010 Prix du cabas : 39,5 euros La liste des courses : 81 tentatives de définitions, un Américain chez...
Cabas Culture (du 5 au 12 novembre) 0
5 novembre 2010 Prix du cabas : 37 euros La liste des courses : Agnès Bihl et la Grande Sophie sur scène, nuit bl...