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La folie Mad Max

Publié par G Groupe X Bakchich

Trente ans après le dernier volet des aventures de Max le dingue, George Miller met le turbo et enflamme la Croisette. Une bombe, un trip viscéral et frénétique, le nouveau mètre-étalon du cinéma d’action. Classique instantané.

C’était mission impossible. Comment parvenir trente ans après le dernier volet de Mad Max à ne pas décevoir les hordes fans qui attendaient de retrouver les sensations éprouvées lors de l’électrochoc Mad Max 2 et propulser Max Rockatansky dans le troisième millénaire ? Contre toute attente, George Miller a  plus que relevé le défi, il a réalisé un miracle. Il met le monde du cinéma à l’amende et fracasse son spectateur, mi extatique, mi épuisé par un ride sauvage de 120 minutes, un des uppercuts les plus puissants jamais infligés sur grand écran. Avec Fury Road, Miller - qui avait tout à perdre à ressusciter son héros christique bardé de cuir - montre qu’il est le boss et ridiculise Michael Bay, Christopher Nolan et autres imposteurs comme Bryan Singer. Dans le cinéma d’action, je ne vois guère que Steven Spielberg, James Cameron et Lana & Andy Wachowski pour rivaliser avec lui, créer du mythe sur celluloïd et signer des séquences d’action aussi pures, aussi limpides. Avec cet objet tranchant comme l’acier, du métal hurlant, George Miller revient aux sources du cinéma et retrouve la pureté du muet. En même temps, il édicte les règles de l’action pour les vingt prochaines années, comme Mad Max 2 en son temps. Bref, George Miller, 70 ans, vient d’inventer le cinéma de demain.

Du cinéma total

« Les scènes de poursuites de voitures sont purement cinématographiques, elles appartiennent seulement au cinéma. Vous ne pouvez pas les vivre au théâtre, en musique, en peinture, à la radio ou en photo. Il n'y a qu'un seul médium pour cela : le cinéma. C'est la scène de cinéma par excellence. Je n'en ai réalisé que trois alors que j'ai fait quatorze ou quinze films. J'en ferais tout le temps si je le pouvais. Je filmerais des poursuites comme Cézanne quand il peint la Montagne Sainte-Victoire, à savoir aussi souvent que possible. » Voici ce que me déclarait William Friedkin, un connaisseur, il y a 20 ans, à l’occasion de la sortie de Jade

Dans Fury Road, le concept de George Miller, c’est de faire du cinéma total, un objet de pur objet de mise en scène. Très peu de dialogue, des véhicules-particules en mouvement qui tracent vers l’infini, s’envolent, explosent dans un déferlement de feu et d’acier, des lignes de fuite sur l’horizon, un déluge d’inventions esthétiques et formelles. Comme un peintre, Miller lance ses voitures en furie sur la toile vierge du désert de Namibie. Il filme les étendues désertiques comme John Ford filmait Monument Valley, accélère constamment le rythme comme Akira Kurosawa dans ses scènes d’action et fait exploser les formes et les couleurs comme Jackson Pollock en pleine séance de dripping. C’est exactement cela Fury Road, des éjaculations de couleurs lancées frénétiquement sur un écran-toile.

Enfer mécanique et haïku japonais

George Miller est un génie, un grand formaliste, un inventeur de mythologies, un incroyable story-teller. Depuis 1979, il a réalisé la série des Mad Max, Les Sorcières d’Eastwick, Lorenzo et imaginé les aventures de Babe, le cochon au cœur d’or, et de Happy Feet Mumble, le manchot danseur de claquettes. C’est peu, mais c’est déjà énorme. Ici, Miller est en terrain connu, un univers post-apocalyptique qu’il a enfanté dans le sang au siècle dernier. Il retrouve son héros, son monde en fusion et ses voitures customisées comme des chars d’assaut. Mais Miller se réinvente intégralement grâce à un scénario épuré comme un haïku japonais (ciselé sur un electro-board, une table sur laquelle il pouvait écrire au marqueur tandis que le dessinateur de comics Brendan McCarthy esquissait en même temps un design de personnage, un véhicule), une science du découpage et de l’ellipse hallucinants, et à quelques effets, notamment un léger accéléré et une image saccadée, pour faire vrombir son style. Miller filme comme personne une route verticale qui déchire un espace infini horizontal et parvient à booster chaque photogramme d’une incroyable rage destructrice, à créer du mythe à chaque image.

Acier, sang et cambouis

Dans une lumière ocre, bleutée lors des visions nocturnes, sculptée par le chef opérateur australien John Seale (Hitcher, Le Patient anglais), Miller fluidifie au maximum l’action, toujours parfaitement lisible même quand elle se déroule à 200 km/h. Sa caméra s’envole, tourbillonne, panoramique pour cadrer au mieux cet enfer mécanique et quand au bout de 90 minutes, les héros à moitié morts arrivent à destination, le film fait simplement marche arrière (comme Max faisait demi-tour à la fin du deuxième volet). C’est d’une simplicité biblique, une évidence. George Miller enclenche alors la cinquième (oui, oui, c’est possible), gonfle son moteur-cinéma à la nitro et accélère encore le tempo des séquences d’action finales, ultimes, pour un maelstrom biomécanique, un déluge apocalyptique d’acier, de sang et de cambouis. Pour George Miller, il s’agit simplement de propulser son spectateur dans le film, qu’il vive l’action 24 fois par seconde, crucifié à son fauteuil. Le film se transforme alors en transe hypnotique, un trip viscéral bercé par les ronflements de véhicules et solos enflammés du guitar hero mutant attaché sur son camion.

Frénétique, dément, objet de sidération, Mad Max : Fury Road  est le nouveau mètre-étalon du cinéma d’action qui sera pompé par des armées de tâcherons dans les dix prochaines années. Classique instantané.

Mad Max : Fury Road de George Miller avec Tom Hardy et Charlize Theron.

En salles depuis le 14 mai 2015.

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