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Cannes : Grands films et petites culottes

Publié par G Groupe X Bakchich

C’est la foire aux vanités : un festival où l’on parle plus de la petite culotte d’une actrice en mal de buzz et de l’écume des choses que de cinéma.

 "Le fils de Saul" du réalisateur hongrois Lázló Nemes, est "véritable claque cinématographique".

Cannes, terre de contrastes. Certains des meilleurs films de l’année y sont présentés, les plus grands cinéastes mondiaux viennent défendre leurs bébés, et pourtant, ce qui enflamme la Croisette, ce qui excite Twitter, c’est… la petite culotte de Sophie Marceau ! L’actrice de La Boum est décidemment la reine de la com’, néanmoins, comment ne pas s’étonner qu’une petite culotte puisse éclipser la montée des marches de l’équipe du tétanisant Mad Max : Fury Road.

Cannes, c’est la foire aux vanités, l’écume des choses, le petit bout de la lorgnette. Bref, la société du spectacle dans toute sa médiocrité. Vous en voulez une preuve ? Regardez Le Grand journal. Vendredi soir, Antoine de Caunes recevait l’équipe du très zinzin The Lobster : Colin Farrell, Rachel Weisz, Léa Seydoux et John C. Reilly. Belle affiche, non ? Pourtant, les six chroniqueurs de l’émission, qui rivalisaient de pitreries pour faire les malins, ont assuré, en se tapant sur les cuisses, qu’ils n’avaient rien compris au film. Et la question la plus « pertinente » aura été en quels animaux les comédiens aimeraient être réincarnés. Consternant.

Consternantes aussi, les critiques. Comment un journaliste, lors de la conférence de presse de La Tête haute, peut-il demander à Catherine Deneuve de commenter les propos du maire de Dunkerque en mal de reconnaissance médiatique ? Heureusement, Catherine Deneuve, excédée par le côté dérisoire de l’affaire, a très intelligemment répliqué : « Répondre dans une conférence de presse internationale sur une chose que j’ai dite dans une interview, qui a été reprise sur les réseaux sociaux, pour moi, c’est vraiment l’exemple de ce à quoi nous en sommes aujourd’hui par rapport aux demandes qu’on peut avoir et surtout aux réponses qu’on est obligés de fournir. » Nous sommes en voie de « morandinisation », à l’ère du buzz et du clash…

La tête haute et les sans-dents

Consternantes aussi, les critiques de Libé, qui ont exécuté le film d’Emmanuelle Bercot, La tête haute, en l’affublant du qualificatif le plus infâmant imaginable, « zarkozyste », et en fustigeant son discours « consensuel », « normatif ». Et de se répandre, lors d’un long paragraphe, sur le fait que le personnage de la mère toxique du héros, interprétée avec brio par Sara Forestier, a les dents pourris, ce qui semble vraiment intolérable pour ces bobos qui n’ont vu des prolos que dans les films des frères Dardenne. La critique est subjective, c’est ce qui en fait sa beauté, mais ici les journalistes de Libé stigmatisent une œuvre parce qu’un de ses personnages a « une dentition explosée ». Pourtant, ce détail reflète une réalité du lumpenprolétariat : comment se payer le dentiste, voire l’orthodontiste, quand on ne sait même pas comment on va manger le lendemain ? Pour ma part, j’ai été touché par la force du film d’Emmanuelle Bercot, sa pudeur, sa retenue, à mille lieux de la manipulation du médiocre Polisse de Maïween. On suit donc sur une dizaine d’années le parcours chaotique d’un délinquant multirécidiviste, entre visites dans le bureau de la juge, séjours en prison, en institutions ou en centres fermé pour mineurs. Ultra-documenté, très bien écrit, La Tête haute est sobrement et superbement mis en scène. Pas de caméra épileptique, mais plein de trouvailles, je pense notamment aux séquences – toutes filmées différemment – dans le bureau de la juge. Les acteurs sont admirables et j’ai rarement vu Catherine Deneuve et le revenant Benoît Magimel, aussi justes, parvenant à émouvoir avec une incroyable économie de moyen. Quant à Rod Paradot, c’est la révélation de Cannes. La tête baissée, cachée sous sa capuche, des yeux fendus, à la fois inquiétants et perdus, Paradot incarne avec rage ce môme paumé, à fleur de peau, qui va - peut-être - s’ouvrir à l’amour et accepter les mains tendues. Une vraie claque…

Un thriller concentrationnaire

L’autre claque, c’est Lázló Nemes qui nous l’inflige avec le terrifiant Le fils de Saul. Le jeune réalisateur hongrois s’attaque à un tabou cinématographique, la représentation de l’enfer concentrationnaire. Et s’attache aux rangers d’un Sonderkommando d’Auschwitz, ces prisonniers juifs contraints par les nazis d'accompagner les déportés vers la mort, puis chargés de nettoyer les chambres à gaz. Un jour, le héros croit reconnaître le cadavre de son fils et n’aura de cesse de lui trouver une sépulture et un rabbin pour l’enterrer selon le rituel juif. Chaque plan est millimétré, la caméra reste aux côtés du héros qui traverse l’horreur et Lázló Nemes parvient à ciseler un véritable thriller concentrationnaire. Etouffant et époustouflant.

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Publié dans la catégorie Société
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