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Festival de Cannes: Du sang et des larmes

Publié par G Groupe X Bakchich

Où il est question d’interviews payantes, de la vocation contrariée de Copé, d’une victime expiatoire et de deux excellents films.

Cate Blanchett, servie par le réalisateur Todd Haynes, dans Carol, "une oeuvre pudique, intense et sensuelle".

Très cher Woody

A Cannes, l’entretien moyen avec une star dure deux minutes trente (150 secondes). Ce n’est donc plus du journalisme, mais du marketing, le critique étant considéré comme un passe-plat, un rouage dans le plan média. Encore plus drôle, certaines interviews sont maintenant payantes ! Cette année, le junket en table ronde avec Woody Allen (donc même pas le one to one, le journaliste et le metteur en scène seuls) se serait négocié autour de 10 000 euros. Et on parle d’interviews avec des personnalités plus confidentielles qui coûteraient entre 1000 et 2000 euros.

Pour toi, fidèle lecteur de Bakchich, en voici pour 750 euros :

Woody Allen : « On apprend des choses certes, mais on apprend peu de choses. Après les deux trois premiers films, on a appris tout ce qu'on a à apprendre. L'essentiel n'est pas d'apprendre, c'est instinctif. Ensuite, on échoue ou on a du succès grâce à notre instinct ou à notre talent. Si je pouvais refaire mes films, je les referais tous. Quand Chaplin faisait ses films, il aimait beaucoup les refaire. À l'époque, c'était pas cher, moi, c'est impossible à notre époque. Lorsque j'ai fait un film, je ne le revois jamais, parce qu'autrement, on ne voit que les défauts. Je serais très heureux de refaire tous mes films si je le pouvais. Je pourrais améliorer tous mes films après les avoir revus. »

Marceau : 2 / Copé : 0

Sophie Marceau poursuit impeccablement son parcours cannois 2015. Après avoir sympathiquement donné à voir sa petite culotte au monde entier, elle allume Jean-François « Bontempi » Copé, qui a failli devenir comédien, dans le magazine très smart Society. Depuis, JFC se lamente et demande des excuses… Bravo Sophie, c’est toi la reine du clash-buzz-hashtag de l’année. Il ne te manque plus qu’à jouer dans un bon film.

La victime expiatoire de 2015 : Gus Van Sant

C’est un classique de Cannes : brûler les idoles que l’on a encensées quelques années plus tôt. Cette année, la victime expiatoire est… Gus Van Sant. Encensé pour Gerry, Elephant ou Last days, GVS avait la carte et était devenu l’icône de la presse branchouille. Cela ne pouvait pas durer et après l’admirable Promised land, déjà copieusement avoiné par des pisse-froid, La forêt des songes a été sifflé en projo de presse. Ce serait « le pire film de Gus Van Sant », une « déception immense », « un mélo incroyablement pénible », « une partition dégoulinante ». Le plus vachard sous-entendrait que le « scénario a été écrit par Marc Levy », ce qui est au moins aussi infâmant qu’un « film sarkozyste » (Libé, critique de La Tête haute). J’ai trouvé quant à moi le film de GVS très poignant à plusieurs reprises et je pense que la critique réévaluera – au moins un peu - le film lors de sa sortie en septembre prochain.

Réaction du coolissime Matthew McConaughey à ce GVS bashing : « Je ne me torture pas avec ça, j'ai mieux à faire. »

Destroy !

Réalisé pour une poignée de dollars, Blue ruin était centré sur la vendetta maladroite d’un SDF dans une Amérique à la dérive. Après ce petit bijou qui avait fait l’effet d’une bombe à Cannes en 2013, son réalisateur, Jeremy Saulnier, revient mettre le feu à la Quinzaine des réalisateurs avec Green room. Le pitch est simplissime. Témoin d’un meurtre, un groupe de musiciens punk se retrouve bloqué dans le repaire de néo-nazis qui n’ont qu’une idée en tête : les exterminer. Huis-clos qui évoque à la fois Sam Peckinpah ou Assaut de John Carpenter, Green room est un formidable survival, une œuvre brutale, jouissive et viscérale, quasiment un film de guerre qui t’embarque et te met K.O.

Une très grosse baffe.

Meurtre, néo-nazis, punks : Jeremy Saulnier présente Green room, "une oeuvre brutale et joussive".

La passion Todd Haynes

Long flash-back, Carol est l’adaptation d’un roman de Patricia Highsmith (écrit sous pseudo), l’histoire d’amour entre deux femmes dans les Etats-Unis des années 50, une époque où il fallait étouffer la passion au nom des conventions. Auteur de seulement six longs-métrages en moins de 30 ans, le surdoué Todd Haynes signe une variation de Loin du paradis et offre une sublime partition à Cate Blanchett et Rooney Mara. C’est beau, intense, pudique et surtout, d’une incroyable sensualité, notamment grâce à la photo d’Ed Lachman, chef op fétiche de Haynes qui a également bossé pour Ulrich Seidl, Larry Clark ou Sofia Coppola.

On en sort le cœur en miettes…

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Publié dans la catégorie Société
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