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Jurassic World : Le retour du retour de la grosse bête…

Publié par G Groupe X Bakchich

Des bestioles préhistoriques tentent de boulotter les 20 000 visiteurs d’un parc du troisième type. Une suite en 3D, mais sans génie, du classique de Spielberg.

C’est l’été et les Américains débarquent. En force ! Au programme, du cinéma catastrophe (San Andreas), du film d’animation (Vice-versa, Les Minions), des suites (Terminator, Mission : impossible – Rogue Nation, Ted 2, Magic Mike XXL, Insidious 3), du remake (Poltergeist), de la déclinaison de série TV (Entourage), du petit film d’horreur (Unfriend) et bien sûr des kilotonnes de super-héros en collants plus ou moins bien repassés (après Avengers 2, Ant-Man et le reboot de Fantastic 4). Un été qui s’annonce pathétique (à part l’excellent Vice-versa), aussi excitant qu’un congrès du PS à Poitiers ou qu’un concert de Jean-François Copé à la maison de retraite de Meaux… Du cinéma préfabriqué, sans âme, pensé par des comptables avides de croissance à deux chiffres et usiné par des yes men seulement motivés par leur feuille de paie.

Un scénario inepte

Comme l’extraordinaire Mad Max : Fury Road, Jurassic World ressemble autant à une suite qu’à un reboot. 22 ans après le classique de Steven Spielberg, il s’agit de faire péter le T. Rex et ses petits copains bourrés de dents avec une technologie numérique dernier cri et une 3D rutilante. Mais si George Miller reprend les affaires là où il les avait laissé à la fin de Mad Max 2 et propulse son scénario à un niveau stratosphérique, multipliant les strates de lecture, les quatre scénaristes de Jurassic World (dont le tandem de La Planète des singes) se plantent lamentablement. En gros, ils recopient la structure du 1 et du 2, envoient deux gamins servir d’amuse-gueule aux dinos, et se contentent d’un best of de la saga : la balade des visiteurs dans le parc (mais cette fois en kayak ou dans une bulle en plastoc), l’attaque du T. Rex, la course des raptors, le raid des ptérosaures…). Le génie de Spielberg en moins et une morale dégueulasse en plus. De fait, cela faisait très longtemps que j’avais vu un personnage féminin aussi stéréotypé. La ravissante Bryce Dallas Howard incarne ici une executive woman en tailleur, accro à la rentabilité du parc et à son Smartphone. Elle est très méchante car elle préfère le fric à la famille (péché mortel aux USA) et si elle ne meurt pas, déchiquetée par un raptor-vengeur, c’est parce que :

1 : elle est bien roulée.

2 : elle va tomber amoureuse du héros bodybuildé, cool et altruiste.

3 : elle va finalement réaliser que la famille, c’est vachement bien.

L’autre énorme problème du scénario, c’est le point de départ du film. Comment croire sérieusement qu’après les massacres des touristes dans les trois volets et les saccages successifs du parc par les bébêtes, un financier puisse ouvrir un nouveau parc d’attractions, avec des monstres encore plus gigantesques, encore plus féroces, dont un Mosasaure d’au moins 40 mètres (un monstre marin qui dans la réalité ne faisait pas plus de… 20 mètres) ? Autant construire un parc aquatique à Fukushima ou un train fantôme dans le califat de Daesh ! Les scénaristes tentent de s’en sortir en faisant dire à un personnage que la sécurité a été renforcée avec des enclos plus costauds, qui résisteront au moins 15 minutes…

Un débutant derrière la caméra

Derrière la caméra, un illustre inconnu : le réalisateur Colin Trevorrow qui a signé en 2012 Safety not garanteed. On pourra s’étonner du choix de la Universal, à savoir embaucher un novice et lui confier un blockbuster à 150 millions. Mais avec six producteurs, dont Steven Spielberg, et une quinzaine d’assistants réalisateurs, pourquoi s’embêter avec un bon cinéaste qui aura une vision, ou au moins des idées, alors qu’un débutant sans génie sera forcément plus docile et se contentera d’animer le story-board avec une armée d’infographistes. A l’arrivée, Jurassic World est correctement mis en scène, avec son nombre syndical de plans à la grue, à la steadycam, à la louma, des plans en hélico, des plongées vertigineuses, des contre plongées… Il faut dire qu’on lui a adjoint le chef op de Michael Bay, le monteur de Cloverfied et que Ed Verreaux, responsable du look d’E.T. ou des Aventuriers de l’arche perdue, s’est occupé du production design du film. C’est parfois rigolo (le Mosasaure croque un requin blanc comme une vulgaire sardine, clin d’œil à Spielby), parfois ébouriffant (la course en moto en compagnie de raptors ou l’attaque des ptérosaures). Néanmoins, jamais Trevorrow ne parvient à approcher le génie spielbergien, capable de transcender une scène (je pense à la première apparition des dinos dans le 1) ou de démultiplier le suspense (l’eau du verre qui bouge à cause de l’arrivée du T. Rex, la vitre du camping car qui se fend dans le 2…). Ici, tout est plat, comme l’encéphalogramme des scénaristes, balisé, sans surprise et surtout DEJA VU. Et pas moins de trois fois déjà. L’attraction du film, c’est la 3D, avec de beaux effets de jaillissement quand les monstres plongent sur leurs victimes. C’est fun comme un vieux View-Master, sorte de lunettes 3D des années 60, auxquelles le film rend hommage au début.

Les dinos enterrés par George Miller

Malgré ce gadget, Jurassic World ressemble à toutes les productions hollywoodiennes standardisées, ces blockbusters sans âme, conçues pour faire trépigner des enfants et faire bouffer du popcorn. Du cinéma au kilomètre, que l’on ingurgite depuis des années mais qui me semble désormais insupportable, obsolète, depuis Mad Max : Fury Road. Comment continuer à utiliser les recettes périmées d’il y a 20 ans quand un génie venu d’Australie a simplement réinventé le cinéma d’action ? Car non seulement George Miller, en transformant le cinéma en métal hurlant, a usiné le nouveau mètre-étalon de l’action, mais il a du même coup ridiculisé la concurrence et les tacherons qu’Hollywood nous inflige.

Jurassic World de Colin Trevorrow avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard et Omar Sy.

En salles le 10 juin 2015

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