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Un Français : Bas du front

Publié par G Groupe X Bakchich

De la baston à la rédemption, le chemin de croix d’un skinhead. Diastème veut faire passer un message mais oublie de faire un film. Beaucoup de bruit pour rien…

Marco a un bomber kaki tout neuf, des Doc Martens 8 trous, un polo Fred Perry bien repassé et une boule à zed rutilante. C’est donc un skin ! De cinéma, mais un skin quand même. Ses hobbies : courser des lycéens boutonneux qui arborent des badges "Touche pas à mon pote", terroriser des noirs et des arabes, manier le hachoir avec la dextérité d’un charcutier, écouter à fond la caisse de la musique Oï, boire de la bière avec les potes à crânes rasés, coller des affiches pour Le Pen, se frapper avec des red skins… Les années passent et Marco perd le feu sacré : faire avaler du Destop à un noir ne le fait plus marrer. Il déclare même, « C’est pas drôle ! » C’est dire qu’il a changé ! Dès lors, c’est le long chemin vers la REDEMPTION. Après une crise d’angoisse dans un bus, Marco va se laisser pousser la barbe et les cheveux, faire un môme (mais, erreur, avec un clone de Marion Maréchal-Le Pen), bosser dans un supermarché, faire une randonnée (mais avec des Doc, quand même !) pour voir la statue de la sainte Vierge, préparer des nouilles pour sa môman et - hallelujah - finir par servir la soupe aux SDF sous les ponts. Rédemption, je vous disais…

French History Z

Voilà, c’est le résumé à peine exagéré d’Un Français, le « film scandale » de Diastème, le film « qui fait peur », qui « dénonce ». Le vrai scandale, c’est qu’Un Français soit aussi médiocre, aussi mal écrit. Tout d’abord, les personnages sont des clichés sur Doc, des caricatures qui illustrent des familles ultra balisées de fafs. Il y a donc le Cogneur, le Politique, le Défoncé, La Skin, la Bourgeoise… Seul Marco bénéficie d’un traitement de faveur avec quelques traits de caractère bien définis. Mais dès le départ, il est sauvé par Diastème et donné comme un gentil skin. Marco laisse échapper un lycéen au lieu de lui sauter à pieds joints sur la gueule, ne tape pas les arabes, refuse le combat avec le red skin vénère qui l’agresse. Facho, mais pas trop. Il est sensible, sensé : que fout-il donc avec ces skins ? On ne le saura jamais. Puis, il y a la fameuse crise d’angoisse du héros dans le bus. Plié en deux, Marco trouve refuge dans une pharmacie. Et c’est un Lexomil qui va le transformer. Le facho d’American History X se retrouvait métamorphosé suite à un viol en prison, celui d’Un Français grâce à un petit comprimé de Lexo. Il faudrait penser à en filer une boîte entière à Jean-Marie…

Pas vraiment doué pour les dialogues (« Vas-y, défonce le », « Au fond, les gens ils sont gentils »), Diastème se veut néanmoins très (trop ?) ambitieux et décrit le destin d’un homme sur 30 ans. Le problème, c’est qu’il cherche également à raconter l’évolution du FN en France, la montée du racisme, de l’intolérance, des années Mitterrand jusqu’à - horreur absolue - la Manif pour tous. Mais pour réaliser une fresque politique sur cette France déboussolée, tentée par les extrêmes, il aurait fallu un auteur avec une vision, des idées. Diastème est incroyablement naïf, maladroit. Il veut en dire trop et au final, il ne dit pas grand-chose. Les skins sont des cons, des brutes, le FN, c’est pas bien. Comme c’est pertinent… Au lieu de signer cette fable au didactisme lourdingue, avec son message aux forceps, peut-être aurait-il fallu essayer de faire du cinéma ?

Rosetta, version skin

L’autre big problème d’Un Français, c’est sa mise en scène. Diastème a bien étudié l’intégrale des frères Dardenne et filme un max de plans-séquences, avec une prédilection pour les plans tournés caméras à l’épaule par un épileptique. Pendant une bonne partie du film (90 minutes qui semblent durer 3 heures), Diastème filme donc l’arrière du crâne de Marco qui déambule dans des boîtes, dans la rue, dans son supermarché… J’avais l’impression d’assister à un remake skin de Rosetta, le talent en moins. Mais pourquoi ce parti pris de mise en scène, que veut dire Diastème ? Qu’il faut être au plus près de son héros pour le comprendre, que les skins aiment la marche, que les Doc sont de bonnes chaussures de rando… J’avoue qu’aujourd’hui encore, je suis dubitatif…

L’autre écueil du film, c’est la direction d’acteurs. Si Alban Lenoir est plutôt très bon, le reste du casting est pour le moins inégal et certaines scènes - je pense à toutes celles avec le skin devenu un candidat FN - sont carrément ratées. J’avoue que j’ai décroché lors de la séquence de la réunion politique où Marco rencontre sa chérie-nazie, tandis que Samuel Jouy annone des phrases slogans et que les figurants roulent des yeux comme dans un film muet. Comment peut-on filmer puis laisser passer au montage un truc pareil ?  

Le meilleur du film ? La promo de Diastème qui a réussi à faire un maximum de buzz en amont pour faire passer cette (toute) petite chose pour un « film qui fait peur ». Ça, c’était vraiment de l’art…

Un Français de Diastème avec Alban Lenoir, Paul Hamy, Samuel Jouy.

En salles depuis le 10 juin 2015

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Publié dans la catégorie Société
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