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Microbe et Gasoil: Gondry retombe en enfance

Publié par G Groupe X Bakchich

Deux ados marginaux se paient une échappée belle sur la route des vacances avec une voiture bricolée. Un Gondry lo-fi, entre tendresse, ratages et désespoir.

Chemisette deux tailles trop petite, un air d’éternel adolescent, Michel Gondry est un drôle de bonhomme. Il a 52 ans et une carrière à nulle autre pareille. Musicien, il commence par bricoler dans sa chambre des clips pour son groupe Oui Oui puis pour des stars comme Björk ou Daft Punk. Il réalise son premier long-métrage (Human Nature) aux Etats-Unis, et ne cessera ses allers-retours entre la France et les USA, alternant grosses machines, docs et projets artisanaux. Ces dernières années, Gondry s’est pas mal vautré avec un film de super-héros sans âme (Green Hornet, où il a été réduit au rang de yes man par son acteur principal) et un accident industriel, L’Ecume des jours, bouillie visuelle où notre Géo Trouvetou recyclait les « trouvailles » visuelles lo-fi de ses clips : Chabat dans le frigo, le piano-cocktail, la sonnette vivante, j’en passe et des pires… Néanmoins, je n’ai jamais désespéré de Gondry car entre deux trucs ratés, il ciselait de petits prototypes malins et touchants, comme L’Epine dans le cœur, doc tourné dans les Cévennes sur sa vieille tata, une instit à la retraite, ou le passionnant Conversion animée avec Noam Chomsky, une  interview de la star de la grammaire générative que Gondry a animé avec ses petites mains ; une tâche qui lui a pris la bagatelle de… quatre années !

Différents et pas pareils

Cet été, Michel Gondry nous envoie une petite carte postale de son enfance. Dans ce film low profile qui semble copieusement autobiographique, Mich-Mich colle aux baskets de deux collégiens différents et pas pareils qui sont bien sûr la risée des autres : Microbe, l’alter-ego de Gondry, ado timide et rêveur, amateur de dessin, et Gasoil, fils du brocanteur, grande gueule et mécano-bricolo. Ostracisés, les deux compères s’allient pour lutter contre la bêtise et l’adversité. Alors que la fin de l’année scolaire approche, les deux amis décident de quitter Versailles et de partir sur les routes de France, à la recherche du flirt de Microbe, à bord d’une drôle de machine roulante, « une voiture-maison » qu’ils ont fabriquée eux-mêmes. Et c’est parti pour la grande aventure, à 10 kilomètres heure…

Un film en liberté

Si certains films de Gondry étaient corsetés de l’intérieur, bourrés jusqu’à la gueule de trucs tocs et de machins inutiles, Microbe et Gasoil est un film en liberté. Finis les festivals d’effets spéciaux en papier crépon, le look film d’animation d’Europe de l’Est vintage et la nostalgie préfabriquée, place à l’humain. Nous sommes dans un temps incertain, à l’époque du portable mais Gondry l’évacue très vite, au fond d’un trou et le recouvre de merde. Ce qui l’intéresse, c’est le temps de l’enfance, la sienne ou celle d’un ado des années 2010.

Signé Gondry, le scénario de ce road movie initiatique est plus troué qu’un vieux gruyère. L’intrigue est basique : deux mômes veulent retrouver une jeune fille partie en vacances avec ses parents. Mais bientôt, les héros se lancent dans l’aventure, sans but, dans leur drôle de véhicule. Les péripéties plus ou moins passionnantes s’enchaînent. Certaines n’ont pas vraiment d’intérêt ou ne font pas avancer l’action, comme l’escarmouche plutôt lourdingue avec les joueurs de foot US ; d’autres sont plus marrantes ou émouvantes. Il y a des trous dans la narration, des épisodes plus ou moins bien reliés entre eux. Mais Mich-Mich parvient à capturer des fragments arrachés à l’enfance : un regard, un geste, une vanne (« Un poster de Shakira ? On se tire ! »), une émotion de ces mômes incapables de s’adapter au réel. Ce qui frappe néanmoins, c’est la noirceur de l’ensemble. Le film est souvent mélancolique, parfois désespéré et le final plutôt glaçant. Pas vraiment la comédie pour teenagers habituelle…

Pour ce qui est de la mise en scène, Mich-Mich fait également profil bas. Il filme avec une seule caméra, sans chichi ni effet zinzin. Il se concentre sur ses deux acteurs principaux - incroyables de naturel - et parvient à capturer sur pellicule de quelques moments de grâce. A l’arrivée, Microbe et Gasoil est inégal, foutraque, mais carbure au super et dégage une énergie communicative. Vavavoum…

Microbe et Gasoil de Michel Gondry avec Ange Dargent, Théophile Baquet, Audrey Tautou.

En salles le 8 juillet 2015

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Publié dans la catégorie Société
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