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Antigang : Merde in France

Publié par G Groupe X Bakchich

A la tête d’une équipe de flics castagneurs, Jean Reno affronte des braqueurs très méchants. Plus grotesque qu’une production EuropaCorp, le nanar de l’été.

Dans le genre, c’est un monument, l’Everest des acteurs, le Stanislavski français. En 40 ans, Jean Reno a tourné presqu’une centaine de films et quasiment… que des nanars cosmiques, des daubes du troisième type, des séries Z à se faire gondoler Ed Wood dans sa tombe. Si on peut sauver le Mission : impossible de Brian de Palma où il roule des yeux pour faire comprendre qu’il très méchant, tout le reste de sa filmo est placée sous le signe de la médiocrité absolue : les produits avariés, voire dégueulasses, de son pote Luc Besson, les grosses machines US décérébrées (Godzilla, Da Vinci Code), les comédies gros sabots avec Clavier (Les Visiteurs, Opération Corned Beef), les polars franchouillard-beauf (Les Rivières pourpres, L’Immortel ou Ca$h avec Jean Dujardin), les comédies romantiques ratées (Décalage horaire) ou maintenant les téléfilms dégoulinants où il « joue » les papys tendresse avé l’assent (Avis de mistral).

A ce niveau-là, on peut dire que c’est du grand art : passer toute une carrière à tourner avec de mauvais réalisateurs, éviter les bons ou - encore plus pervers - tourner dans les films ratés de grands cinéastes (je pense à Rollerball de John McTiernan). C’est donc peu dire que je n’attendais pas grand-chose d’Antigang, qui marque le retour de Jean Reno, 67 ans, au cinéma d’action. A l’arrivée, Antigang est un polar aussi nerveux qu’un bol de nouilles bouillies préparées par un cuisinier arthritique. Le film repousse les limites du crétinisme : le scénario est bas de plafond, les personnages aussi, le thème usé jusqu'à la corde et entre deux rebondissements stupéfiants de bêtise et des dialogues en dessous du niveau de la mer (« J’ai trop envie de la ken », « C’est joli Serge pour une fille », « Ici, on est en France, pas aux Etats-Unis »), il y a des bagarres moins dynamiques qu’un kilo de saindoux.

Batte de baseball, armes lourdes et postérieur charnu

Puisque que vous n’êtes pas obligés de me croire, voici les grandes lignes de l’histoire. A Paris, une brigade de jeunes flics aux méthodes peu conventionnelles (on bastonne à la batte de baseball, on canarde à l’arme lourde, puis on discute) est menée par un flic de légende, un dur à cuire aussi charismatique que ma belle-mère, Serge Buren (c’est Jean Reno, en fait). Boule à zed, barbichette entre le hipster d’Oberkampf et le fondamentaliste, Serge Buren aime :

- La baston

- Le travail d’équipe

- Le postérieur charnu de la femme de son supérieur, incarnée par la ravissante Caterina Murino.

Serge Buren n’aime pas :

- Les braqueurs

- Les tueurs de femmes

- Les nuisibles en tout genre

- Son supérieur qui l’empêche de visiter le postérieur de sa collègue

Sur la piste d’une bande de cambrioleurs très futés (mais moins que lui), il tombe sur un culturiste bulgare tatoué et un Aryen avec accent, très beau mais très fourbe. Ça va chier…

Par respect pour leurs familles, je ne donnerai pas le nom des scénaristes, qui multiplient les trous narratifs, les facilités, les rebondissements foireux. Ils écrivent avec des gants de boxe et sont incapables d’esquisser la personnalité d’un personnage secondaire. Reno est la star du film et les autres acteurs ne récoltent des miettes. Ce sont des silhouettes, des clichés sur pattes : il y a le Black novice, la collègue chaudasse, le roi du bélier, la petite black à tresses, le méchant en chef qui parle avec ein große accent teuton… Seul, Alban Lenoir, pote de Reno, a un semblant de personnalité : son passe-temps préféré est de donner des grands coups de batte de baseball dans la gueule des malfrats, il fume aussi des pétards car il est vraiment cool et attend avec inquiétude la naissance de son premier môme. Si c’est pas de la caractérisation, ça… 

Look de séries TV et viol auditif

Derrière la caméra, Benjamin Rocher, 38 ans, auteur de La Horde, film de zombies en banlieue référentiel et malin. On peut trouver des excuses à Rocher : son scénario pathétique ou la composition Jean Reno, avec ses deux expressions (fâché ou constipé) et son incapacité à s’impliquer dans les scènes d’action ou même à simplement marcher. On sent que le réalisateur connaît par cœur son Michael Mann période Heat, Die hard de John McTiernan ou L’Arme fatale de Richard Donner. Mais Rocher ne boxe pas dans la même catégorie. Il commence quasiment toutes ses séquences avec un plan en hélico au-dessus de la Défense, filme le QG des flics comme dans Les Experts et le produit final ressemble à un mix bâtard entre une série TV minable genre Braco ou RIS (une impression accentuée par la présence de Thierry Neuvic) et une production EuropaCorp, en moins professionnel. Les bastons ne sont pas très excitantes car trop découpées, montées très speed, parfois illisibles. Mais Alban Lenoir, le skin christique d’Un Français, déploie une belle énergie et sauve ce qu’il peut.

Même pas drôle au 28e degré, Antigang pique les yeux et se révèle en cadeau bonus un véritable viol auditif avec une BO à se crever les tympans. Ça commence dès le générique quand Reno se fend d’un hommage à Johnny Hallyday et que le réalisateur balance sur une baston une reprise de… Gabrielle. Au secours ! Bref, pendant 90 minutes, j’ai tenté en vain de m’endormir mais je me pouvais m’empêcher de me poser des questions existentielles. Il y a des gens qui fabriquent ça ? Et qui le vendent ? Qui pensent que ça peut marcher ? Et des spectateurs qui paient pour voir ? Bon dieu, comment peut-on démouler un truc pareil ?

Antigang de Benjamin Rocher avec Jean Reno, Alban Lenoir, Thierry Neuvic et Caterina Murino.

En salles depuis le 19 août 2015.

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Publié dans la catégorie Société
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