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Cemetery of Splendour : Songe d’un nuit thaï

Publié par G Groupe X Bakchich

En Thaïlande, des soldats sont atteints d’une étrange maladie. Une des plus belles propositions de cinéma de l’année. Un trip sidérant, hypnotique. Magique !

Apichatpong Weerasethakul est un poète. Et un magicien. Né dans les forêts thaïlandaises, il filme des paysages mentaux, le passé, les fantômes, les dormeurs, l’invisible, l’indicible. Avec son cinéma sensuel, sensoriel, peu narratif, il cherche à faire lâcher prise à son spectateur, le faire flotter, dériver, l’embarquer vers d’autres mondes. Depuis des années, il nous envoie des cartes postales de ses songes, Blissfully Yours, Tropical Malady ou encore Oncle Boonmee, film halluciné et hallucinant, récompensé de la Palme d’or à Cannes, qui lui fera déclarer à l’égard du Président du jury de 2010 : « J’aimerais embrasser Tim Burton dont j’adore la coiffure. » Trop fort, Api !

Comme Stanley Kubrick avec 2001, Gaspar Noé avec Enter the Void ou Nicolas Winding Refn (Le Guerrier silencieux, Only God forgives), Apichatpong Weerasethakul signe des œuvres immersives, des films-trips qui envisagent le cinéma comme une expérience polysensualiste, souvent non-verbale, et qui s’apparentent à un rêve ou une vision sous l’emprise d’une drogue. Du cinéma total, absolu.

Rien à comprendre, tout à ressentir

De son cinéma, il n’y a rien à comprendre mais tout à voir, tout à ressentir. Donc, comme d’habitude, l’argument du nouveau Apichatpong Weerasethakul est - comment dire - minimal. Dans une ancienne école transformée en dispensaire de fortune, des soldats sont frappés d’une étrange maladie, un mystérieux état de narcolepsie. Plongés dans un sommeil profond, ils se réveillent de temps à autre, avant de tomber, brusquement, la tête dans leur assiette ou de s’effondrer en marchant. Des bénévoles veillent sur ces beaux endormis : une médium qui aide les familles à communiquer avec eux et Jenjira, handicapée qui s’occupe d’un soldat qui ne reçoit jamais de visite et qui a laissé un journal intime bourré de dessins étranges. Au fil de rêveries éveillées, le spectateur découvrira de belles déesses qui prennent forme humaine, un personnage qui défèque dans la jungle, une belle érection matinale sous un drap, des fouilles archéologiques, une starlette de la télé reconvertie en VRP pour crème de beauté, une séance de cinéma hallucinante, des appareils hi-tech de luminothérapie aux couleurs psychédéliques qui ne servent pas à grand-chose… 

Sidération et envoûtement

Ce scénario, plein de trous, de vides, de fausses pistes, c’est le spectateur qui doit le combler. La spécialité du chamane Apichatpong Weerasethakul, c’est de faire décoller son spectateur. Il travaille la sidération, fait dans l’envoûtement cinématographique. Tout est méticuleusement préparé, ciselé, pour permettre au spectateur de flotter, de rêver sur ses images. Ses armes : son sens de la mise en scène, des cadres au cordeau, des plans fixes, un incroyable travail sur le rythme (30 secondes sur une pendule et tu en redemandes !)… Pendant la projection, j’ai vu des spectateurs s’assoupir comme les gisants du film. Sous le sortilège du dieu cinéma. Comme sous hypnose. Les images de Cemetery of Splendour (quel beau titre) et la rêverie du spectateur se mélangent, s’interpénètrent. A l’arrivée, on ne sait si on vu ces images ou si on les a rêvées. Il faut juste accepter le voyage au pays du cinéma, au pays des songes, et se laisser bercer par le magicien Apichatpong Weerasethakul.

On en ressort les yeux lavés et l’âme en paix.

Cemetery of Splendour d’Apichatpong Weerasethakul avec Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi. 

En salles depuis le 2 septembre 2015

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Publié dans la catégorie Société
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