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FIFA : Blatter vs Platini, le jeu se durcit

Publié par G Groupe X Bakchich

Les grandes manœuvres pour la présidence de la FIFA sont engagées ; Sepp le Couillu Blatter décrochera-t-il un ultime mandat ?

Sepp Blatter, l’actuel président de la FIFA, s’est mis en tête de rempiler en 2015 pour un cinquième et ultime mandat  à la tête de la grande famille du football mondial. Pour y parvenir, il doit mettre hors jeu le dénommé Michel Platini, patron depuis 2007 de l’UEFA, la confédération la plus riche et la plus influente (elle compte 2 vice-présidents et 5 membres au Comité Exécutif de la FIFA) de l’Internationale du ballon rond, qui constitue à ce jour, son unique rival sérieux.

Même si Blatter a fait une carrière sportive anecdotique, il est un redoutable meneur de jeu capable de détruire tous ceux qui ont l’imprudence de se mettre en travers de son chemin. Fort de son succès -relatif- à la tête de l’UEFA et de son aura footballistique sanctionnée par un triple Ballon d’or, Platini croit en son destin. Le match s’annonce donc aussi indécis que passionnant.

Petites annonces de candidature

Blatter vient d’ouvrir le bal des prétendants en annonçant officiellement sa candidature le 9 mai lors d’une interview accordé à Blick, le média suisse. Dans la foulée, Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA que l’on ne présente plus aux lecteurs de Bakchich, a renchérit sur France Info avec l’opportunisme qu’on lui connaît : « …Je l’attendais et je pense que cela met les choses au clair et ça évite beaucoup d’idées qui traînent autour de cette prochaine élection de la FIFA en mai 2015. Je pense qu’il sera réélu l’année prochaine et donc ça voudrait dire que je suis secrétaire général encore pour un cycle… ». Bref, circulez c’est plié et Michel Platini qui avait indiqué qu’il annoncerait son éventuelle candidature, pendant, ou au terme de la Coupe du Monde 2014 au Brésil le mois prochain, est gentiment invité à attendre son tour 5 ans de plus.

Ce n’est pas faire injure à Jérôme Champagne, un ex-apparatchik distingué de la FIFA qui a déclaré sa candidature dès le 20 janvier, de le qualifier de faire-valoir tant son influence est faible au cœur de la famille du football. 

Le soutien appuyé que lui apporte le légendaire « roi Pelé » malmené par les Brésiliens qui lui reprochent sa « trahison », et les puissants « mécènes » prêts à se mobiliser financièrement pour couvrir ses frais de campagne, ne changent rien aux données arithmétiques du problème : le président est élu par le congrès où chaque voix compte. Chaque fédération nationale y dispose théoriquement du même pouvoir. Andorre et son championnat pittoresque ont le même poids que la fédération espagnole, la république de San Marin que l’Italie, Trinidad et Tobago que le Brésil…C’est la raison pour laquelle le sortant,  pour peu qu’il ait été assez intelligent pour choyer les dirigeants des nains exotiques du football mondial, est susceptible de bénéficier éternellement de leur reconnaissance électorale. C’est sans doute pour cette raison qu’à l’initiative de Platini, l’UEFA s’efforce – tardivement - de multiplier les accords de coopération (en clair, de soutien financier indirect) avec les confédérations plus modestes économiquement mais qui pèsent électoralement d’un poids considérable comme la CONCACAF…

Sur le papier, le rapport de force entre Blatter, polyglotte et expert en langue de bois, et un Michel Platini qu’on dit paresseux et qui peine à s’exprimer correctement en français de manière spontanée (il vient d’en donner un nouvel exemple le 26 avril en suggérant laborieusement aux Brésiliens de mettre leurs graves conflits sociaux entre parenthèses pendant le déroulement de la Coupe du Monde) et ne maîtrise pas l’anglais, est déséquilibré. Sans parler de leur opposition sur l’adoption d’outils technologiques d’assistance à l’arbitrage.

Blatter a notamment donné son accord, contre l’avis de Michel Platini, à l’utilisation le mois prochain au Brésil de « Goal Control » un système permettant avec une fiabilité absolue de vérifier si le ballon a franchi la ligne de but. 

C’est paradoxalement le plus jeune des deux prétendants qui paraît le plus hostile au progrès technologique qu’il dénonce d’avantage pour des raisons bassement financières que par un attachement viscéral à l’esprit du Beau Jeu. L’arbitrage à 5 qu’il a instauré au sein de l’UEFA avec deux « assistants » supplémentaires dans chaque camp à proximité des surfaces de réparation, est jugé aussi sévèrement que son concept de « Fair Play Financier » sur lequel il joue une bonne part de sa crédibilité et qui suscite aujourd’hui et à juste raison de nombreuses critiques, tant au plan de l’éthique que du droit et de la comptabilité. 

Les sanctions récemment prononcées par l’organe de contrôle financier de l’UEFA à l’encontre de Manchester City et du PSG conduisent à s’interroger sur le but réellement poursuivi par le dispositif. On évoque de plus en plus ouvertement un instrument « protectionniste » visant à protéger les clubs qui ont fait l’histoire de la Champion’s League, l’épreuve reine de l’UEFA, contre les nouveaux venus disposant des ressources financières illimitées apportées par des états-souverains devenus actionnaires de clubs. Le masque serait tombé lors de l’annonce officielle selon laquelle le niveau d’endettement des clubs constaté antérieurement à l’entrée en vigueur du dispositif et le rapport entre leurs dettes et leurs fonds propres ne serait pas pris en compte…

2022 un impair pour un nombre impur

Le lorrain natif de Joeuf, récemment réduit par Eric Cantona au statut de « politicien comme les autres ». est tombé dans le piège que lui a  tendu avec maestria un Sepp le Couillu prêt à en découdre. Lequel depuis peu, ne manque pas une occasion de déclarer à quel point l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar fut une erreur en rappelant perfidement la part active prise par Michel Platini à la décision du Comité Exécutif de la FIFA du 2 décembre 2010.

Une épreuve qui, contrairement à ce qu’indiquait le cahier des charges contractuel, ne pourra se dérouler « en juin et juillet » au risque de compromettre gravement la santé des participants supposés disputer les matches sous des températures caniculaires. 

La réorganisation complète des calendriers des championnats professionnels du monde entier afin que la Coupe du Monde 2022 se déroule plus raisonnablement « en Novembre ou décembre » s’annonce comme un casse-tête insurmontable. Sans parler des recours judiciaires que pourraient engager les cocus de la fête à savoir, les USA qui ont obtenu 8 voix au terme du 4ème tour de scrutin contre 14 pour le Qatar, et surtout l’Australie, ridiculisée malgré un coûteux dossier de candidature et éliminée dès le premier tour avec dans sa besace, l’unique voix de Franz Beckenbauer…

Duel dans les dunes

Gardant Platini sous le feu nourri de ses critiques assassines pour avoir commis l’erreur de s’être impliqué de manière exceptionnelle en faveur de la candidature du Qatar, Blatter ne manque pas une occasion de rappeler (bien que le vote des membres du Comité Exécutif soit secret) qu’il s’est prononcé en faveur des USA, et que le coût probable de l’événement qui frisera les 220 milliards de dollars soit 70 fois celui de l’édition 2010 en Afrique du Sud, dépasse l’entendement. D’autant qu’il faudra y ajouter, l’impact sur le calendrier mondial des championnats nationaux, de l’éventuel changement de date de l’épreuve.

Contraint à la défensive, une configuration de jeu qui n’a jamais eu ses faveurs, Platini commence à commettre des erreurs grossières . « J’affirme catégoriquement que le président Sarkozy ne m’a pas demandé de voter pour que le Qatar soit l’hôte du Mondial 2022, ni avant, ni pendant, ni après cette rencontre » a-t-il déclaré, un brin pathétique en évoquant « l’entrevue de l’Elysée » du 23 novembre 2010 à laquelle il avait été convoqué quelques heures avant le vote décisif du Comité Exécutif de la FIFA sans savoir prétend-il, que le prince Tamin ben Hamad al-Thani serait présent. 

Pour administrer à son hôte un cours d’algèbre original du genre BeinSport pour vos droits TV + reprise du PSG non rentable = soutien à la candidature du Qatar pour 2022. 

A chaque nouvelle bévue de son rival, Sepp Blatter boit du petit lait. Il fait mine de s’offusquer lorsque ses interlocuteurs lui demandent si le Qatar n’aurait pas tout bonnement « acheté » la Coupe. Alors même que dans un email resté célèbre de mai 2011 adressé à Jack Warner, le président déchu de la CONCACAF, son secrétaire général Jérôme Valcke généralement bien informé indiquait « ils ont acheté la Coupe du Monde ». 

Pour le moment et Dieu sait pour combien de temps encore, Sepp le Couillu se borne non sans une délectation manifeste, à concéder que le vote du Comité Exécutif de la FIFA a été « influencé » par des pressions politiques venues de France et d’Allemagne. Pour la France et à en juger par la place qu’occupe l’ex-président de la République en tribune présidentielle à la gauche de Nasser Al Khelaifi à chaque match disputé par le PSG au Parc des Princes, on comprend l’allusion de Blatter. Pour l’Allemagne par contre, il faut comprendre qu’il fait référence à la ville de Lusail City, qui sera construite sur les dunes du Nord de Doha par la société de BTP allemande Hochtief, filiale du consortium espagnol ACS. Dans foot-business, le mot important c’est business…   

Au chapitre corruption, une autre plaie de la FIFA qui a du mal à cicatriser, les duettistes avaient leurs boulets. Blatter a su se délester des deux plus encombrants, Jack Warner et Mohamed Bin Hammam avant le sprint final. 

Pour Platini, la tâche s’avère nettement plus compliqué. 

Grigoriy Surkis, le président de la fédération ukrainienne à qui le français ne pouvait pas refuser grand chose depuis son arrivée à la tête de l’UEFA, et en particulier l’attribution controversée aux dires de l’ancien joueur grec Spyros Marangos, de l’Euro ukraino-polonais 2012, est un soutien susceptible de devenir gênant malgré les honoraires considérables qu’il verse à un cabinet d’avocats de…Nicosie. 

Quant au Chypriote pur jus Marios Lefkaritis qui s’est également prononcé en faveur du Qatar conformément à la voix de son maître, il est la parfaite illustration de ce que « acheter la Coupe » peut signifier : quelques jours à peine après le vote du Comité Exécutif de la FIFA en faveur du Qatar, sa famille trouvait du côté de Doha, un généreux acquéreur – pour 32 millions d’Euros ! – d’un terrain mal situé à Larnaca dont elle ne savait que faire…Et les intérêts de la fratrie Lefkaritis dans le secteur de l’énergie (dont le fleuron est la société Petrolina fondée en 1959) ont trouvé depuis 2011 dans l’émirat du Qatar, un fournisseur de gaz liquéfié aussi loyal que compétitif sur les prix et les conditions de paiement…

Comment se dit népotisme en arabe du golfe ?

Pour sa part, Michel Platini semble résigné à subir un cours de droit accéléré sur la notion de conflit d’intérêt dès que la campagne va se durcir d’avantage. Un concept auquel il s’est montré peu réceptif jusqu’aux attaques les plus récentes téléguidées par les poissons-pilotes de Sepp Blatter.

 En cause, la discrète nomination, en dépit d’un CV modeste tenant pour l’essentiel à une maîtrise de Droit à Assas, du fiston Laurent Platini à la tête des services juridiques de Qatar Sports Investments (QSI) dans les semaines qui ont suivi le vote victorieux.  Une progression de carrière impressionnante après 3 années passées comme juriste au PSG qui n’ont pas laissé un souvenir impérissable du côté de la Porte de Saint Cloud. Comme chacun sait, QSI gère notamment les activités commerciales du PSG et a joué un rôle éminent dans la conclusion de l’accord ayant vu le FC Barcelone adopter un sponsor-maillot pour la première fois de son histoire en la personne de la Qatar Foundation…. Monsieur Fils s’est aussi vu bombardé à la tête de l’équipementier sportif Burrda Sport, une société suisse via une domiciliation chez ses avocats genevois Borel & Barbey, qui rêve tout éveillé de détrôner Nike, Adidas et Puma.

S’il ne parvient pas, ce qui paraît vraisemblable, à se faire élire à la tête de la FIFA l’année prochaine, la prochaine fenêtre de tir pour Platini, sauf raison de santé de Sepp Blatter, n’interviendra pas avant 2019. Autrement dit en pleine prise de tête mondiale sur l’aménagement « à chaud » des calendriers des championnats nationaux. 

A coup sûr pas le meilleur moment pour convaincre les patrons des fédérations membres de la FIFA confrontées à la quadrature du cercle, de la clairvoyance de celui qu’on présentera forcément comme le premier responsable de cette gabegie… 

 

 

 

 

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