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Brésil : la deuxième lame

Publié par G Groupe X Bakchich

Etripés en demi-finale par Philipp Lahm et ses partenaires (7-1), les brésiliens pourraient bien vivre une « after » d’apocalypse.

Le salut ne viendra pas de la pelouse. Même si L’Argentine, le meilleur ennemi de la Seleçao n'a pas battu l’Allemagne sur celle du mythique Maracaña de Rio dimanche 13 juillet en finale de l’édition 2014 de la Coupe du Monde, c’est l’humiliation politique qui succédera à l’hébétement sportif causé par l’improbable déculottée de la demi-finale. 

Comme attendu, les brésiliens présents au Maracaña ont soutenu la Mannschaft en implorant tous leurs saints pour qu’elle colle une raclée aussi mémorable aux argentins honnis. Histoire de se consoler dans les chaumières et les favelas, en constatant que l’équipe nationale a trébuché face à la plus performante du tournoi ; à défaut d’être la plus plaisante à regarder.      

Une coupe du monde très politique

 C’est peu dire que l’élimination du Brésil à l’avant-dernière marche de la compétition est une catastrophe pour la présidente Dilma Rousseff qui a misé bien plus qu’un bras sur l’événement sportif planétaire et espérait pouvoir décrocher son second mandat en octobre, en posant d’ici-là dans les meetings en compagnie de jeunes artisans du succès sportif qu’elle pensait acquis, et en brandissant le Graal en forme de Coupe à chaque meeting.

 L’organisation de l’épreuve malgré le suspense final sur la capacité du pays a rattraper son retard et à livrer l’ensemble des infrastructures requises (stades, transports, capacités hôtelières, aéroports) au jour J, a indiscutablement contribué à ralentir la chute de la présidente dans les sondages. Celui du 2 juillet la plaçait en tête de l’élection présidentielle d’octobre prochain avec 46% des intentions de vote au premier tour, contre 35% à Aécio Neves, son adversaire le plus sérieux. C’était toutefois avant la débâcle des or et vert..

Neves, ex-gouverneur (2002-2010) de l’état du Minas Gerais (Belo Horizonte) qu’il a sauvé de la faillite, bénéficie d’une très bonne image dans les milieux d’affaires et les classes moyennes qui le plébiscitent. 

Mais ce sont les régions rurales et les pauvres qui feront la différence. Leur attachement au Parti des Travailleurs ne semble pas ébranlé par le naufrage  subi par la sélection nationale, d’autant plus que Lula est réapparu sur le devant de la scène au service de la com’ de Dilma Rousseff.

Il n’en reste pas moins que la « pause sociale » observée pendant la compétition est trompeuse : les sondages réalisés dans les heures qui ont précédé le coup d’envoi du méga-événement, indiquaient que moins de 11% de la population adulte avait l’intention de manifester et de braver les forces de sécurité et la quasi loi-martiale imposée pendant toute sa durée. 

Au lieu d’en découdre avec les robocops ivres de violence dont les images à la TV brésilienne ont transformé des manifestations pacifiques en une déflagration en juin 2013, les brésiliens mécontents du budget astronomique consacré à l’accueil de l’épreuve – en pure perte du strict point de vue du prestige sportif – ont plébiscité sur YouTube les œuvres musicales contestataires telle la très caustique Desculpe Neymar (excuse-moi Neymar) et Pais do Futebol par MC Guimê. 

Le matraquage de la propagande gouvernementale sur la qualité de l’infrastructure sportive laissée aux brésiliens au terme de la compétition est un autre sujet d’exaspération. Le Procureur Général de l’état de Goiás situé au centre du pays a même été jusqu’à déclarer que les spots publicitaires diffusés massivement depuis le début de l’épreuve sont à ce point éloignés de la réalité qu’ils constituent de la publicité mensongère et qu’il avait l’intention d’obtenir une décision en référé pour les faire suspendre !

D’une dérive à l’autre

 Après que la FIFA eut décidé en 2003 que l’édition 2014 de la Coupe du Monde se déroulerait en Amérique du Sud, le retrait inattendu de la Colombie en 2007 pour cause d’insécurité a laissé le Brésil comme unique candidat de fait à l’organisation de l’épreuve. Aussitôt, la Fédération Brésilienne (CBF) dont on connaît la corruption endémique qui sévit à chaque niveau de son organigramme, a estimé le montant des constructions nouvelles et de réhabilitations des stades à 1,1 milliard de dollars. Pour ne pas être en reste, le ministre des sports de l’époque, le facétieux Orlando Silva Jr, chiffra le budget total des infrastructures à 18,7 milliards de dollars, dont 78% à la charge du contribuable.

Sur les 18 villes pré-sectionnées,  12 furent retenues en mai 2012 entraînant la construction ou la reconstruction de 7 stades et la rénovation plus ou moins importante des 5 autres, 8 des 12 stades en question étant détenus et gérés par une collectivité publique. A cette même date, les estimations avaient déjà été corrigées à 3,2 milliards de dollars. Un quasi triplement en 5 ans par rapport à l’évaluation initiale. 

 De l’avis général des spécialistes mondiaux de la question, le gros milliards de dollars prévu par la CBF pour les stades n’a qu’un très lointain rapport avec la réalité des besoins. 

L’Institut Danois d’Etudes Sportives (IDES) qui est à l’origine du célèbre « Indice Mondial des Stades » permettant d’évaluer les chances de « rentabilisation » des enceintes sportives après l’événement ayant justifié leur construction (en 2011, l’Institut possédait des données fiables sur 47 enceintes sportives mondiales de 24 pays), s’est montré très dubitatif quant à la fiabilité des chiffres fournis par les autorités brésiliennes. Les Danois ont courtoisement mais fermement rappelé au gouvernement brésilien que le coût réel définitif des 10 stades sud-africains ayant accueilli la Coupe du Monde 2010 s’est finalement établi à 16 fois l’estimation initiale !  

Afrique du sud, Brésil un même cimetière des éléphants ?

D’après les données détenues par l’IDES, 4 des 12 stades brésiliens sont bien partis pour rejoindre le troupeau d’éléphants blancs qui errent tels des zombis sur la planète dans le sillage des grandes compétitions internationales qui leur ont donné le jour. 

3 sont flambant neufs : l’Arena Amazônia à Manaus, l’Arena Pantanal à Cuiabá et l’Estadio das Dunas à Natal, tous d’une capacité de 42 000 places conforme aux exigences de la FIFA. l’Estadio Nacional de Brasilia qui a fait l’objet d’une importante rénovation, a vu sa capacité portée à 70 000 places au prétexte qu’il allait accueillir après la Coupe du Monde, des concerts et des manifestations culturelles de toutes sortes.

Les équipes qui vont bénéficier de ces somptueuses nouvelles installations évoluent respectivement en 2ème, 3ème et 4ème division du championnat brésilien. D’après les chiffres fournis par la Fédération Brésilienne, les 4 clubs en question sont parvenus à mobiliser entre 2 100 et 4 500 spectateurs par match dans leurs anciennes enceintes au cours de la saison 2011 qui a servi de base statistiques aux travaux de l’IDES…ça promet une jolie ardoise aux collectivités locales qui vont devoir les entretenir !

Dans le même ordre d’idée, l’Estadio Olimpico Monumental de Porto Alegre, utilisé par le célèbre club du Grêmio, l’une des meilleures fréquentations du championnat de 1ère division brésilienne, ne demandait qu’à être rafraîchi pour participer à la grande kermesse du football mondial. Il n’a pas été retenu et on lui a préféré – corruption oblige – le tout nouveau Estadio Beira-Rio d’une capacité de 48 850 places…Tout comme le Estadio Olimpico Joao Havelange, construit à Rio en 2007 à l’occasion des Jeux Pan-Américains. Qui répond aux contraintes du cahier des charges de la FIFA permettant que son épreuve-reine puisse être disputée dans 2 stades d’une même ville, effacé au profit du « new Maracaña »…

Les Danois de l’IDES appliquent la deuxième couche

« L’indice International des Stades » calculé par les statisticiens de l’IDES c’est la fréquentation annuelle totale d’un stade, en supposant bien entendu l’absence de toute espèce d’embrouille au niveau de sa billetterie, divisée par sa capacité. Un stade d’une capacité de 50 000 places obtiendrait ainsi un indice théorique de 100, s’il accueillait à l’année, 5 millions de visiteurs. On en est loin bien sûr, puisque ça supposerait la vente de toutes les places disponibles deux fois par semaine environ, pendant un an.

En 2011 par exemple, les Corinthians de Sao Paolo ont enregistré une fréquentation moyenne de 29 951 spectateurs par match et un total de  569 061 spectateurs dans l’année. 

Le club qui va dorénavant livrer bataille dans la nouvelle enceinte du Arena de Sao Paulo d’une capacité maximum de 65807 spectateurs (20 000 sièges pourront être retirés à la suite de la Coupe du Monde) est donc crédité d’un indice de 569 061/45 807 = 12,42.

 Sachant que les chercheurs de l’IDES sont parvenus à la conclusion qu’un stade d’une capacité d’au moins 42 000 places ne peut être rentabilisé qu’à partir d’un indice égal à 10, seuls les stades de Porto Alegre (Estadio Beira-Rio) et de Sao Paulo (Arena de Sao Paulo) ne pèseront pas d’un poids insupportable sur les épaules de leurs habitants une fois la Coupe remise au vainqueur et les tenanciers de la FIFA de retour à Zurich.

Avec son indice – prévisionnel - de 12,42, le stade des Corinthians fait néanmoins pâle figure au niveau mondial avec l’Allianz Arena du Bayern de Munich qui affiche l’insolent indice de 33,3 et se situe au 3ème rang mondial des bonnes affaires derrière le Turner Field d’Atlanta (50,6) et le Saporo Dome japonais (46,4)…Ce même Bayern, ayant pour capitaine un certain Philipp Lahm, et qui a fourni à la sélection allemande assassine, un impressionnant contingent de joueurs..

Pour ce qui concerne les 4 futurs éléphants blancs brésiliens évoqués plus haut, leur indice prévisionnel se situe respectivement au niveau inquiétant de 3,2 (Manaus) 0,8 (Cuiabá) 1,5 (Natal)  et 0,9 (Brasilia). Autant dire que les autorités municipales de ces villes vont rencontrer une forte résistance dans les années à venir lorsqu’il s’agira d’inscrire à leur budget ordinaire de fonctionnement, la maintenance des outils de la honte…

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