Ch
Logo

Grèce, le cimétière olympique

Publié par G Groupe X Bakchich

Ça s’est passé du 13 au 29 août 2004. C’était les Jeux Olympiques à Athènes. Il n’y a plus un sous dans les caisses pour célébrer le 10ème anniversaire de l’événement…Et c’est pas plus mal.

 Le plan d’eau où se sont déroulées les épreuves d’aviron est maintenant bordé de hautes herbes dans lesquelles les chiens errants viennent déposer leurs déjections. Un peu plus loin, le canal dévolu au canoë-kayak est asséché et les bancs fixés tout au long du parcours ont été arrachés et emportés par dizaines…

La Société Grecque de Maintenance du Patrimoine Public (ETAD) qui a « hérité » en 2011, d’un certain nombre d’ex-infrastructures olympiques, jugées impropres à la vente (les installations vendables ayant été confiées à Hellenikon SA dont le capital social a été cédé à partir de décembre 2011)  réfute les accusations d’abandon et de délabrement. Elle a récemment publié un communiqué qui a suscité sarcasmes et noms d’oiseaux dans la population qui peine à digérer 6 ans de dépression économique et son cortège sans cesse croissant de pauvreté, de jeunes chômeurs et de sans domicile fixe. 

Anneaux à l'abandon

Selon l’ETAD, les installations dont elle a la charge « seraient entretenues par des équipes spécialisées et gardées par des entreprises de gardiennage de premier ordre ». Une affirmation qui met en rage les visiteurs occasionnels du stade de softball sur l’ex-complexe sportif d’Hellenikon au sud d’Athènes, purement et simplement à l’abandon et devenu un lieu de rendez-vous improbable pour les amateurs de poussées d’adrénaline…Le coût total de maintenance des installations est aujourd’hui estimé à 100 millions d’euros par an, une somme que les grecs n’ont pas les moyens de mobiliser, quand bien même en auraient-ils eu l’intention.

Les images les plus cruelles sont les archives vidéo de l’instant où à Lausanne, le Président du Comité Olympique International Antonio Samaranch proclame le résultat du vote en faveur d’Athènes. La délégation grecque, menée par le Premier Ministre George Papandreou, explose de joie brandit des drapeaux et se congratule longuement. Pendant que la déception se lie sur les visages romains pourtant favoris.

La capitale antique disposait de 7 ans pour mettre son projet à exécution. On allait donc mettre le paquet. En particulier pour effacer l’humiliation causée par la défaite de 1996 qui marquait le 100ème anniversaire des JO modernes. Un cauchemar dans l’inconscient collectif grec. Lors de la 100ième session du CIO qui se tenait le 18/9/1990 à Tokyo, Atlanta a pris le dessus sur Athènes au 5ème tour de scrutin (51 contre 34). On dit que Coca Cola a beaucoup œuvré pour convaincre les membres du Comité qu’Athènes avait déjà eu la chance d’accueillir les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896, et que c’était le tour de Coca Cola, pardon d’Atlanta où Coke a son siège social et règne sur la ville…

7 ans de malheur

La capitale antique avait donc 7 ans pour se préparer à accueillir le monde entier à Athènes. L’éternité à l’échelle de l’Antiquité. De telle sorte que les grecs ont arrosé leur victoire pendant 3 ans sans rien faire d’autre. C’est beaucoup sur les 7 dont elle disposait. Au point qu’en 2000, le CIO a ordonné à Athènes de se bouger les fesses pour reprendre une formule d’anthologie de Jérôme Valcke Secrétaire Général de la FIFA à l’endroit du Brésil, au risque de perdre l’organisation de l’épreuve.

Dans ce genre de projet, mettre les bouchées doubles pour rattraper le retard, c’est décupler la corruption. Notamment par l’exploitation illégale  d’une main d’œuvre peu ou pas qualifiée importée à la hâte par des réseaux maffieux pour travailler 24 heures sur 24 (en 3 fois 8 ; quand même…). Et l’explosion du taux d’accidents du travail qui va avec…

 Athènes n’a pas échappé à la règle. Contrairement à d’autres villes ayant eu la bonne idée avant elle, de créer des infrastructures en partie démontables ou transformables, Athènes a construit en dur, une option qui « a seulement bénéficié aux intérêts des constructeurs » affirme aujourd’hui Dimitris Mardas, professeur d’économie à l’Université Aristote de Thessalonique qui ajoute : « ça a été un invraisemblable gâchis. Juste pour la frime… »

13 milliards d'euros de trou...2 à 3% de dette en plus

A l’arrivée, sans doute près 13 milliards d’euros au compteur toutes folies comprises. Un sujet sensible sur lequel Jean Louis Chappelet, professeur suisse de management public a déclaré à de nombreuses reprises : « Il est communément admis que les JO de 2004 ont creusé la dette du pays ». Des propos relayés par Jacques Rogge lui-même. En 2011 l’ex-président du CIO a en effet confessé que le coût des JO de 2004, notamment le système de sécurité exigé par les américains pour participer à l’événement planétaire, avait boosté la dette grecque de 2 à 3% et conduit le pays à deux plans de sauvetage du FMI et de l’Union Européenne pour un total de 240 milliards d’euros. 

Des chiffres contestés par Spyros Kapralos, Président du Comité Olympique Grec qui s’en tire par une voltige : «  En réalité ils ont coûté 8,5 milliards d’euros. Qu’est ce que ça représente par rapport à la dette grecque de 360 milliards d’euros ? Si vous les mettez en perspectives, les aspects positifs compensent largement les négatifs. Malheureusement nous nous sommes montrés incapables de communiquer efficacement la-dessus et la physionomie de la ville en a pourtant été profondément améliorée… »

Des chercheurs de l’Université d’Oxford ont trouvé intelligent d’étudier en détail, les budgets des Jeux Olympiques d’Eté et d’Hiver organisés de 1960 à 2012. Contrairement à d’autres méga-projets d’infrastructures publiques qui parviennent – parfois – à maintenir le coût dans les limites des prévisions soumises lors des appels d’offres de départ, dans le cas des JO, le tarif c’est, en moyenne, un doublement de l'addition par rapport au budget d’origine. Aucun autre type de megaprojet n’est aussi constant dans le dépassement. 

97% de dépassement dans le cas d’Athènes précisent-ils. Et Bent Flyvbjerg et Allison Steward (« Olympic proportions ; cost and cost overrun at the olympics 1960 – 2012 » ) de préciser leur pensée : « Pour une ville ou une nation, décider d’accueillir les JO ou un méga-événement de cette importance, c’est s’engager dans un des projets les plus risqués financièrement qui soient. Quelque chose que de nombreuses villes ou pays apprennent à leurs dépens… ».

S’ils espèrent nous faire peur et nous faire renoncer à l’Euro de football en 2016 et bien c’est raté. Au point où on en est …

 

 

Mots-clefs : , , , , ,

Publié dans la catégorie Sport
Sur le même sujet
Small jpg grece vase pakman Grèce, la dure lutte contre la rigueur 0
13 mai 2010 Régulièrement, les Grecs descendent dans la rue. Le 5 mai, ce fut l’une des plus importantes mani...
Small jpg jpg grece Grèce, une semaine lacrymogène 0
16 décembre 2008 Vendredi 12 décembre, la tension était encore importante dans les rues d’Athènes. Des manifestant...
Small jpg bakcap1 JO: Le club France essore ses bénévoles 0
1 août 2008 Les JO de Pékin, leur censure, leur répression, n’ont pas encore commencé qu’ils font déjà la une...
Small discobole 0 Grèce-Israël : Flirt En Eaux Troubles 0
8 octobre 2012 L’isolement économique de la Grèce dans la zone euro et la bataille pour le contrôle des ressourc...
Small jpg jpg jpg grece 0 Après les émeutes, un cierge pour la Grèce ? 0
24 décembre 2008 Democrazy. « Ce sont les anglais qui parlent de notre pays comme ça en ce moment », livre, un peu...