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FIFA : saura-t-on un jour si le Qatar a triché ?

Publié par G Groupe X Bakchich

Michael Garcia voudrait que son rapport soit rendu public, après avoir garanti à l’un de ses témoins que son enquête était confidentielle ; comprenne qui pourra…

Michael Garcia, l’ancien procureur du District Sud de New York devenu président – indépendant - de la Chambre d’Instruction du Comité d’Ethique de la FIFA a bien du souci. Le 5 septembre 2014, il a remis à son collègue Hans-Joachim Eckert qui préside la Chambre de Jugement du même Comité, son rapport de 350 pages sur les conditions douteuses dans lesquelles a été attribuée l’organisation des éditions 2018 et 2022 de la Coupe du Monde de Football. 

Depuis cette date, fortement encouragées dans ce sens par Garcia lui-même (« …c’est aussi l’occasion pour la FIFA de démontrer qu’ils ont retenu les leçons du passé et qu’ils sont déterminés à permettre qu’une organisation ouverte et transparente donne l’exemple des principes éthiques les plus élevés, au bénéfice du jeu et dans l’intérêt plus large du public…. ») des voix qui comptent dans la grande famille du football se font entendre pour que le pensum soit rendu public au plus vite.

Eckert, un magistrat allemand dans le civil lorsqu’il ne se prend pas la tête avec les pitreries du football planétaire, affirme à qui veut bien l’entendre que ce n’est pas possible dans l’état actuel des textes saints de la FIFA. En particulier du fait du paragraphe 1 de l’article 36 du Code d’Ethique de la FIFA qui précise que « Les membres du Comité d’Ethique et des secrétariats des chambres doivent s’assurer que toutes les informations qui leur sont communiquées dans le cadre de leurs fonctions demeurent confidentielles, en particulier les faits relevés, le contenu des investigations, des délibérations et des décisions prises, tout comme les informations de caractère privé et personnel, conformément aux dispositions de la FIFA en matière de protection des données… ».

En d’autres termes et comme il l’a rappelé le 17 octobre lors d’une interview, le Juge Eckert estime que « rendre public l’intégralité du rapport mettrait juridiquement  le Comité d’Ethique et la FIFA elle-même dans une situation très délicate… ». Pour calmer le jeu, il a néanmoins ajouté qu’aux alentours de la mi-novembre, il publierait un communiqué « résumant les découvertes principales faites (par les fins limiers du sergent Garcia), leurs conclusions et leurs recommandations quant aux suites judiciaires à donner à l’affaire ainsi qu’un bref avis de sa part sur la situation d’ensemble »  

A l’approche des premières confidences d’Eckert, on sent monter la pression au sein du Comité Exécutif de la FIFA incarné par la joyeuse équipe de 25 personnes qui constitue le conseil d’administration de la grosse machine du football mondial. Une agitation fort compréhensible si l’on se souvient que 12 d’entre eux ont participé au vote controversé du 2 décembre 2010 ayant désigné la Russie pour 2018 et le Qatar en 2022. Des soupçons de corruption plus ou moins avérés pèsent d’ailleurs sur 5 des 12 membres de l’actuel Comité Exécutif ayant pris part au vote.

Un infiltré du FBI à la FIFA

L’affaire vient de prendre un tour nouveau avec l’annonce le 1er novembre par le New York Daily News que l’impayable Chuck Blazer, ex-Secrétaire Général de la CONCACAF l’une des 6 familles du football mondial organisé sévissant en Amérique du Nord et dans la Caraïbe, roulait pour le FBI et le fisc de l’Oncle Sam (IRS) depuis novembre 2011. 

Pour échapper à la case prison – il a palpé 21,6 millions de dollars de 1990 à 1998 sans payer un cent d’impôt et a réalisé pour 29 millions de dollars d’emplettes diverses avec sa carte American Express au cours des 7 dernières années ! - il a enregistré des conversations avec ses collègues footeux forcément du plus haut intérêt. 

C’est ainsi que pendant que les athlètes olympiques s’échinaient pour décrocher une médaille dans les stades londoniens, Chuck conviait les cibles que lui désignait le FBI à une collation détendue dans sa suite de l’hôtel Mayfair. 

Seraient notamment venus casser la croute et lui faire des confidences, enregistrées bien entendu en Haute Fidélité grâce à un micro dissimulé dans son porte-clefs posé bien en évidence, Alexei Sorokin, le patron de la candidature russe, Frank Lowry, promoteur malheureux de la candidature australienne et Anton Baranov, le secrétaire de Vitaly Mutko, président russe du comité d’organisation de la coupe du monde 2018. 

Au total 44 personnalités du football dont le capo de tutti capi Sepp Blatter himself, auraient été « accouchées » à leur insu de leur plein gré par le charmant Chuck. Il se murmure même que deux émissaires orientaux de très haut niveau hiérarchique et chargés de lubrifier les rouages de la bureaucratie footballistique zurichoise en faveur de la candidature du Qatar pour 2022, auraient laissé des spécimens de leurs voix suaves sur le magnétophone de l’infiltré du FBI…

Comment auraient-elles eu l’idée de se méfier d’un vice-président de la FIFA, tête pensante reconnue de la CONCACAF, membre imposant (il pèse près de 200 kg) de son comité exécutif de 1996 à 2013, membre et président de plusieurs de ses commissions permanentes dont celle du Marketing et des droits TV à la tête de laquelle il a œuvré de manière déterminante à la conclusion d’un deal avec Univision et ESPN qui a fait entrer 425 millions de dollars dans les caisses de la FIFA au titre des droits TV  des coupes du monde 2010 et 2014 ?  

Son rôle dans la chute en 2011 de Jack Warner, son patron à la CONCACAF qui compte 41 pays dont une vingtaine de nains exotiques du football mondial qui pour autant pèsent extrêmement lourd le jour de l’élection du président de la FIFA, et en décembre 2012 de Mohammed Bin Hammam qui s’était mis en tête de devenir Calife à la place de Sepp Blatter à coups de dizaines d’enveloppes de 40 000$ en cash, aurait pourtant dû les inciter à la prudence. 

D’autant plus que c’est à Louis Freeh, l’ancien patron du FBI, qu’a été confiée dans des conditions un brin obscures, l’enquête ayant conduit au bannissement à vie de toute activité liée au football infligé à Bin Hammam, citoyen du Qatar dont on ne sait toujours pas s’il œuvrait en solo ou pour le compte de l’émirat.

Pour qui roule Michael Garcia ?

Pour l’organisation de la coupe du monde 2022, le Qatar a vaincu les USA au dernier tour du scrutin. Lesquels comptaient tout de même au sein du comité de candidature (« Go USA 2022 ») des personnalités comme Bill Clinton et Henry Kissinger peu habituées à prendre des claques aussi cinglantes pour les projets d’envergure mondiale dans lesquels ils s’investissent. C’est peut être comme prix de consolation que Blatter – qui a prestement, publiquement et opportunément fait savoir qu’il s’était prononcé en faveur de la candidature américaine – avait offert à Kissinger la présidence du Comité Indépendant sur la Gouvernance (IGC) sensé extirper la corruption endémique dont souffre l’organisation mondiale du football.  Avant de se rabattre du fait du refus de l’ex-éminence grise de Richard Nixon, sur l’expert anti-corruption suisse, le professeur Mark Pieth. 

Le premier rapport de l’IGC a été présenté aux instances dirigeantes de la FIFA ainsi qu’à son congrès en 2012. La première recommandation du rapport mise en pratique par la FIFA a été l’établissement du Comité d’Ethique nouvelle version, doté de deux chambres indépendantes puisque présidées chacune par un Président et un Vice Président non membres du sérail. 

Et c’est ainsi que Michael Garcia s’est retrouvé propulsé à la tête de la chambre de l’instruction dudit Comité et que le cabinet d’avocat Kirkland & Elis dont il est associé, a facturé à ce jour 20 millions de dollars à la FIFA pour déterminer si les matches ayant vu la victoire de la Russie pour 2018 et du Qatar pour 2022, n’ont pas été grossièrement truqués… 

Compte tenu du contexte politique international de ces deux dernières années, on a du mal à imaginer que compte tenu de son cursus et de son réseau relationnel, Garcia n’ait pas reçu discrètement mission de faire la peau de la Russie et plus encore du Qatar, afin de contraindre la FIFA à remettre la balle en jeu pour l’attribution de ses deux prochaines coupes du monde quoi qu’il puisse lui en couter au chapitre des compensations éventuelles aux deux lauréats en titre. Et bien entendu à condition de disposer d’un plan B, ce qui ne semble pas être le cas sauf à ce que la prochaine édition de l’épreuve soit confiée aux USA seuls capables aujourd’hui de la reprendre à la Russie au pied levé.

La question à quelques milliards de dollars porte évidemment sur l’impact que revêt dans une telle stratégie, le fait de rendre public le rapport de la chambre du Comité d’Ethique de la FIFA qu’il préside ?

Quand le Sergent Garcia se blesse en nettoyant son arme

Michael Garcia n’a de cesse de convaincre les huiles de la FIFA de la nécessité de rendre public son rapport d’enquête. Formellement, cela nécessiterait que son Comité Exécutif – fortement impliqué dans la possible double carambouille – modifie à la hâte, le Code d’Ethique de l’organisation. 

C’est pas gagné. Pour toutes sortes de raisons à commencer par le peu d’enthousiasme d’un certain nombre de membres du Com-Ex sur lesquels plane l’ombre de la suspicion et qui craignent sans doute à juste raison de voir leur nom jeté en pâture au public.

De plus, l’ex-procureur new-yorkais devenu avocat-enquêteur, vient de se faire pincer en flagrant délit de grand écart. Dans une lettre qu’il expédiait à l’un des témoins interrogés par son équipe au début de cette année, Garcia concluait son propos en ces termes : «…Enfin, veuillez noter que cette procédure d’enquête est confidentielle. C’est la raison pour laquelle je vous invite à vous abstenir de discuter de la présente notification ou de cette procédure avec quiconque, exception faite de votre avocat si vous décidez d’en prendre un… ».

Sommé de s’expliquer par le magazine allemand Der Spiegel, sur les raisons de son apparent volte-face, il s’en est tiré en affirmant que le paragraphe du courrier assurant sa gorge profonde d’une complète confidentialité était « une clause de style » sans rapport avec la question de savoir « si, et dans quelle mesure les résultats d’une enquête terminée doivent ou non rester confidentiels ». Un peu chahuté sur sa conception très personnelle de la confidentialité, il en a repassé une couche lors d’un discours prononcé lors d’un récent déjeuner organisé à Londres par l’association des membres du Barreau américain : « c’est une chose d’affirmer au public qu’un processus rigoureux a été mis en place. C’en est une autre de lui montrer comment le système fonctionne et ce qu’il a permis de découvrir… » a-t-il indiqué, suscitant au passage une moue dubitative de la part d’une partie de son auditoire.

Une valse-hésitation que le juge Eckert a traduite en ces termes lors de son interview du 17 octobre : «Michael Garcia n’a jamais dit que son rapport devait être intégralement publié. Il a seulement indiqué qu’une publication ‘appropriée’ du rapport devrait être autorisée… ».

Bref, malgré la pression des partisans de la transparence, on pourrait bien attendre longtemps encore avant de savoir si la Russie et le Qatar ont triché pour gagner le droit d’organiser la Coupe du Monde de la Fifa… 

 

  

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Publié dans la catégorie Sport
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