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Football : la vase communicante

Publié par G Groupe X Bakchich

Y-a pas qu'à Nîmes ou à Marseille que le football sent la poudre. En Colombie, le premier club de James Rodriguez, star du Real Madrid, se retrouve dans le viseur du Trésor US.

Les USA viennent d'infliger de lourdes sanctions à une courte liste d'individus et d'entreprises visés par leur « Kingpin Act ».

 La loi en question (« Foreign Narcotics Kingpin Designation Act » dans sa version officielle, autrement dit « Loi contre les étrangers désignés comme barons de la drogue ») entrée en vigueur le 3 décembre 1999, autorise le Département du Trésor US à  procéder à des saisies conservatoires d'actifs de toutes sortes dès lors qu'ils sont situés dans des coins relevant de la juridiction américaine et qu'ils appartiennent à de présumés barons de la drogue, ainsi qu'à poursuivre les individus de nationalité américaine coupables de complicité avec lesdits cartels étrangers.

C'est dans le cadre de ce dispositif que l'Oncle Sam vient de déclarer la guerre à 10 individus et 14 entreprises colombiennes fortement soupçonnés de faire des affaires avec la Oficina de Envigado (« l'Officine de Envigado ») une organisation criminelle colombienne qui s'est progressivement spécialisée dans le trafic de stupéfiants, les extorsions de préférence avec violence, le recouvrement de créances irrécouvrables par les moyens de droit, et les assassinats pour compte de tiers (les « contrats »).

Les premiers pas de James

Là où l'affaire rejoint l'actualité footballistique hexagonale, c'est lorsque l'on découvre que figure sur la liste des personnes et entreprises visées par le fisc américain, le club de  football  Envigado FC ainsi que son président et actionnaire majoritaire, le très affable Juan Pablo Upegui Gallego. 

Le club de Envigado, une ville limitrophe de celle de Medellin, ne s'est pas fait connaître jusqu'à présent pour ses performances sportives.  Fondé par le père du président actuel, un certain Gustavo Adolfo Upegui Lopez qui a été torturé et prématurément rappelé à Dieu en 2006 par un chef du gang de la Oficina, Daniel Mejia a.k.a  « Danielito » qui voyait d'un mauvais œil sa montée en puissance et qui jalousait les relations amicales qu'il entretenait avec Pablo Escobar, l'association sportive s'est jusqu'à présent surtout singularisée par son aptitude exceptionnelle à découvrir de jeunes talents du ballon rond. 

Le dernier en date n'est autre que le brillant James David Rodriguez Rubio dit « James Rodriguez » qui vient de rejoindre pour une durée théorique de 6 ans, le mythique  Real de Madrid au début de cette saison après un trop court passage sous les couleurs de Monaco l'année dernière et quelques jolis gestes venus égayer un brin, notre assez morne championnat de France de L1 .

 

Arrivé au club Envigado FC alors qu'il n'avait que 13 ans, James Rodriguez a été propulsé en équipe première du modeste club colombien alors qu'il n'avait pas encore 17 ans, son entraîneur de l'époque, Jesus Barrios l'estimant prêt a jouer dans la cour des grands.

Avec 11 buts en 15 matches, le jeune prodige aida de manière décisive cette année là son club employeur à remonter en première division. Dès l'année suivante, il est prêté au club argentin de Banfield où il va devenir à 17 ans, le plus jeune buteur étranger du championnat de l'élite argentine.

Les Barons de la ligne blanche

Exception faite de son « achat » par plusieurs fonds d'investissements dans le cadre du dispositif juridique du « TPO » (Third Party Ownership) permettant à des tiers (le plus souvent non identifiés) de détenir la valeur économique d'un joueur en lieu et place du club sportif qui l'emploie - une forme d'esclavage moderne suffisamment controversée pour avoir été interdite par la FIFA cette année - la suite de la carrière de James est plus anecdotique.

Rappelons seulement à nos lecteurs dont le football n'est pas la tasse de thé, que le gamin s'est distingué pendant la dernière Coupe du Monde au Brésil, se voyant décerner le « Soulier d'Or » qui récompense le meilleur buteur de la compétition.

Pour en revenir à son club de jeunesse et surtout à son président Juan Pablo Upegui Gallego, ce dernier est l'un des 6 individus considérés par les USA comme complices de la Oficina et accusés de blanchiment, de corruption politique active, et de manière plus générale, de servir de prête-nom à l'organisation criminelle.(cf.www.treasury.gov/press-center/press-releases/Pages/jl9705.aspx qui affirme que « Upegui Gallego is a key associate within La Oficina and has used his position as the team's owner to put its finances at the service of La Oficina for many years » autrement dit que « Upegui Gallego est l'un des principaux associés de La Oficina à laquelle il a mis ses finances à disposition sous couvert de sa situation de propriétaire de l'équipe »). Les 4 autres figurant sur la liste récente sont simplement accusés de meurtres en série et de trafic de stupéfiants à grande échelle…

A balles réelles

Le Envigado FC, nouveau venu sur la liste des Barons, n'est d'ailleurs pas l'unique passerelle sportive entre le football et le crime organisé colombiens. Le club America de Cali a figuré sur la liste pendant 14 ans. Sans parler des clubs des Millonarios de Bogota et de Santa Fé.

La Oficina qui n'est apparue inexplicablement que le 26 juin pour la première fois sur la liste des sanctions américaines au titre de la loi sur les Barons, a été créée pour constituer le bras armé de feu-Pablo Escobar et son désormais célébrissime Cartel de Medellin. Aujourd'hui tout laisse penser qu'elle a remplacé le cartel démantelé par la police colombienne téléguidée par la DEA américaine.

C'est précisément  en juin dernier qu'une vague d'assassinats a laissé craindre aux spécialistes de la question que la trêve observée entre la Oficina et le cartel concurrent des Urabenos venait d'être rompue. Décidée en 2013, elle avait interrompu une sanglante guerre des gangs qui sévissait à  Envigado et à Medellin depuis que l'ancien boss de la Oficina, Diego Murillo Bejarano – Don Berna pour les intimes – avait été extradé vers les USA en 2008.

Dans une conférence de presse qui n'est pas sans rappeler celles dont nous ont gratifiées les mis en cause du football français ces derniers jours, Upegui Gallego s'est dit « très surpris de la nouvelle dont nous ignorions tout jusqu'à ce qu'elle apparaisse aux informations télévisées » avant d'ajouter avec un faux air de martyr pas vraiment convaincant : « ...Le monde entier connaît le travail d'Envigado et la qualité de la formation et de l’entraînement de nos joueurs. Nous avons l'intention de clarifier ce malentendu et d'ouvrir toutes grandes nos portes à ceux qui souhaitent les franchir... ».

Pas sûr que l'invitation provoque la ruée de la presse locale qui sait qu'un excès de curiosité pour le Beau Jeu à la sauce colombienne cause parfois de tragiques désagréments.

Dieu merci, même si des vocables grossiers viennent d'être injustement employés envers le foot hexagonal, il n'a pas encore atteint loin s'en faut, ce stade inacceptable où le ballon rond se dispute à balles réelles. 

Pour l'instant toutefois, car tout prouve que la vase footballistique mondiale est hélas communicante et emprunte souvent la piste des transferts... 

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Publié dans la catégorie Sport
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