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FIFA : Phaedra se rebiffe

Publié par G Groupe X Bakchich

Témoin des magouilles Qatariennes pour décrocher le Mondial 2022, Phaedra Almajid dit tout le mal qu’elle pense de la FIFA en général et de Hans-Joachim Eckert en particulier.

Phaedra Almajid est révoltée et vient de vertement le faire savoir à Michael Garcia, dans un courrier du 16 novembre. 

Membre du comité de candidature du Qatar à l’organisation de la Coupe du Monde de football 2022 qui l’a employé comme chargée de communication avec certains médias anglophones de mai 2009 à Mars 2010, elle a été remerciée 9 mois environ avant le vote fatidique du Comité Exécutif de la FIFA du 2 décembre 2010 en faveur de l’émirat.

C’est après que les choses se sont singulièrement compliquées pour elle et rares sont ceux qui connaissent  le fin mot de l’histoire.

Son licenciement d’abord, semble avoir été la conséquence de l’accusation qu’elle a portée contre Jacques Anuna, Amos Adamu et Issa Hayatou, tous membres africains du Comité Exécutif de la FIFA qui allaient prendre part au vote controversé de décembre 2010, d’avoir palpé chacun 1,5 millions de dollars pour voter pour la candidature du Qatar.

Le 2 juillet 2011, elle adressait au président de la FIFA, une attestation de rétractation des propos qu’elle avait tenus à l’encontre des « africains » de son Comité Exécutif. Une marche-arrière lui ayant valu de la part de Président de la Chambre de Jugement du Comité d’Ethique de la FIFA Hans Joachim Eckert dans son « résumé » du rapport Garcia, un compliment appuyé selon lequel son témoignage recueilli par Michael Garcia dans le cadre de son enquête sur les conditions d’attribution des éditions 2018 et 2022 de la Coupe du Monde, n’était pas « fiable ».

Nous nous sommes d’ailleurs interrogés dans ces colonnes sur les raisons pour lesquelles, Garcia avait pu considérer Phaedra Almajid comme un témoin crédible en dépit de sa volte-face du 11 juillet 2011 et des mensonges qu’elle y reconnaissait.

L’explication est venue de l’interview que Phaedra a accordée à la BBC à la suite de son courrier – que nous reproduisons ci-après - de protestation du 16 novembre à Michael Garcia pour n’avoir pas respecté son engagement de confidentialité.

Phaedra Almadjid, bien qu’engagée par le comité de candidature Qatarien, vivait aux USA où elle est née. Elle a révélé il y a quelques jours à divers médias britanniques, avoir reçu en septembre 2011 soit moins de deux mois après sa rétractation à la FIFA, la visite à son domicile de 3 agents du FBI. Ils lui auraient offert la protection du Bureau Fédéral, en lui indiquant qu’ils la savaient menacée, qu’ils savaient qu’elle avait établi son attestation de rétractation sous la contrainte et qu’ils voulaient essayer de le démontrer. 

Ils ont donc organisé un entretien –enregistré- entre elle et l’un des principaux dirigeants du Comité de candidature du Qatar. Ce dernier a reconnu qu’elle s’était engagée à revenir sur ses accusations de fraude contre un abandon des poursuites judiciaires que le Comité de Candidature la menaçait d’engager à son encontre non pas pour des propos calomnieux et fantaisistes envers des membres du Comité Exécutif de la FIFA mais pour violation de sa clause de confidentialité contractuelle ( !)  (« …and it was planned that I would talk to a senior official of the Qatar bid. So, when I talked to the official – and the FBI are recording this –he did admit that there was a deal for the affidavit that I would basically say that they had done no wrongdoing…”).

Rappelons par ailleurs que l’on sait depuis peu que ce même FBI a utilisé Chuck Blazer, l’adjoint de Jack Warner le président déchu de la CONCACAF, pour obtenir des confidences enregistrées durant les JO de Londres, de la part de plusieurs membres des comités de candidature Russe (2018) et Qatarien (2022). 

Lorsque l’on sait maintenant que la délégation Russe a refusé de coopérer à l’enquête de Garcia et notamment de lui communiquer les documents requis par les enquêteurs, on arrive progressivement à la conclusion que le FBI est décidément très impliqué dans l’enquête sur les conditions d’attribution de la Coupe du Monde 2022, une décision prise, rappelons-le, par le Comité Exécutif de la FIFA le 2 décembre 2010 par 14 voix pour le Qatar contre 8 aux USA au dernier tour de scrutin…

Plus troublant encore, alors que Phaedra Almajil admet aujourd’hui avoir attiré l’attention de Michael Garcia dans le cadre de son témoignage confidentiel, sur la collusion entre l’Espagne et le Qatar, on vient d’apprendre que le président de la chambre d’instruction du Comité d’Ethique de la FIFA a engagé des investigations complémentaires à l’encontre de Franz Beckenbauer qu’on ne présente plus, d’Angel Maria Villar Llona le président de la fédération espagnole de football, ainsi que du belge Michel d’Hooghe et du thaïlandais Woravi Makudi, tous membres du Comité Exécutif de la FIFA ayant pris part au vote suspect du 2 décembre…

La revanche de l’Oncle Sam

Et les faits incriminés semblent largement dépasser l’attribution dans des conditions assez discutables au consortium espagnol ACS, autrement dit à Florentino Perez par ailleurs président du Real de Madrid, de la réalisation du complexe de Lusail City près de Doha…

De là à en conclure que, mauvais perdant d’un scrutin pipé, l’Oncle Sam n’a peut être pas perdu tout espoir de récupérer l’organisation de la World Cup 2022 (le Mexique a bénéficié d’une telle mesure en 1986 lorsque la FIFA s’est rendue compte que la Colombie, lauréate, n’était pas en mesure de mener à bien l’organisation de son épreuve-reine) et mettrait alors les bouchées doubles dans ce but en s’efforçant d’apporter les preuves de multiples fraudes commises par le Qatar pour décrocher le gros lot.

 

Auquel cas, Michael Garcia ne serait finalement que son poisson-pilote, placé au poste qu’il occupe dans cet unique but et dans des conditions qui gagneraient à être éclaircies…

D’autant que Hans Joachim Eckert, président de la Chambre de Jugement du Comité d’Ethique de la FIFA qui a déclenché un tollé mondial en affirmant dans son résumé de l’enquête de son collègue Garcia, qu’il ne pouvait pas autoriser la publication intégrale du rapport d’enquête, met à son tour, pas mal d’eau dans sa bière (il est juge à Munich dans le civil) depuis quelques heures. 

Le grand écart du juge Eckert

Il s’est notamment défendu le 28 novembre, d’avoir blanchi la FIFA de tout soupçon de magouille : « …Ce n’est absolument pas le cas ; pas plus que je ne témoigne d’une compréhension aveugle envers Blatter » a-t-il affirmé avant d’ajouter qu’il était tout prêt à autoriser la publication intégrale du rapport de Garcia si une telle décision était entérinée par le Comité Exécutif de la FIFA : « …Au contraire, je serais le premier à dire que si la transparence est légalement possible, alors je la soutiendrais totalement mais actuellement la publication du rapport n’est pas possible… ».  

Reste qu’aux yeux de Phaedra Almajid, elle s’estime victime d’une double trahison de la part de la FIFA. D’abord en ayant permis son identification dans le résumé d’Eckert qui affirme pourtant être très attaché au respect formel des principes de confidentialité prévus par le Code d’Ethique de la FIFA ! Ensuite parce qu’Eckert s’est offert le luxe de qualifier son témoignage de peu fiable, en méconnaissance manifeste des relations discrètes que la dame entretient avec le FBI…

Elle a donc légitimement protesté le 16 novembre 2014 auprès de Michael Garcia dans les termes suivants :

Cher Monsieur Garcia

Jeudi dernier, la FIFA a publié un résumé de 42 pages de votre rapport de 430 pages sur les conditions d’attribution des coupes du monde 2018 et 2022, rédigé par Hans-Joachim Eckert, le président de la Chambre de Jugement du Comité d’Ethique de la FIFA.

Je fais partie des plus de 70 témoins qui ont accepté de vous parler et de vous fournir des informations, documents, données et enregistrements. Ayant été licenciée par mon Comité début 2010 et n’ayant donc plus de rapport avec la FIFA, je n’étais nullement tenue de coopérer à votre enquête. Je l’ai pourtant fait en partant du principe que les faits véritables dont j’ai connaissance sont importants pour les objectifs de votre investigation.

Ma coopération reposait sur votre promesse de confidentialité. Vous aviez notamment indiqué que « dans le cadre de toute enquête (vous étiez) tenu par une obligation de confidentialité » et aviez également fait état de « votre volonté de protéger quiconque se confierait à vous de bonne foi ». En tant qu’organisation, la FIFA a déclaré que les identités de vos témoins – autres que les officiels actuels du football ou ses employés – demeureraient confidentielles. Les assurances de confidentialité ont été réitérées publiquement par Marco Villiger, le directeur juridique de la FIFA, il y a exactement deux mois.  

Comme je vous l’ai indiqué ainsi qu’à vos collègues, compte tenu de ma situation personnelle et en particulier ma sécurité et celle de mes deux fils, la confidentialité était une donnée cruciale qui conditionnait ma coopération à votre enquête.

Le résumé de Monsieur Eckert constitue non seulement une description brutale, cynique et fondamentalement fausse de moi, des informations et des preuves que j’ai apportées à votre investigation, mais il viole les assurances de confidentialité qui m’ont été apportées par la FIFA. Bien  qu’il ne m’ait pas désigné nommément dans son rapport, il m’a identifié en reliant mon portrait anonyme à mes déclarations publiques d’il y a trois ans. Dans les heures qui ont suivi la publication du résumé de Monsieur Eckert, j’ai été largement reconnue par les medias allemands et britanniques comme l’un des ‘lanceurs d’alerte’. Et comme si cela ne suffisait pas, le rapport de Monsieur Eckert m’a injustement discréditée  afin de soutenir sa thèse indéfendable selon laquelle le vote de décembre 2010 est tout à fait acceptable.

Je partage votre point de vue selon lequel le résumé de Monsieur Eckert contient ‘de nombreuses présentations matériellement fausses et incomplètes de faits et des conclusions qu’on en tire’. J’exige toutefois qu’en votre qualité de président de la Chambre d’Instruction, vous receviez ma plainte devant la Chambre d’Instruction du Comité d’Ethique, selon laquelle le rapport de Monsieur Eckert viole l’article 16.1 du Code d’Ethique de la FIFA qui stipule que ‘les informations de caractère confidentiel divulguées aux personnes tenues par les dispositions dudit Code dans l’exercice de leurs fonctions, doivent être traitées de manière confidentielle ou secrète au simple titre de leur obligation de loyauté, si ces informations leur sont communiquées dans cet esprit, et conformément aux principes de la FIFA’.

Dans toute organisation, et en particulier celle disposant de ressources considérables et d’une influence globale comme la FIFA, la protection de ceux qui dénoncent les fraudes est essentielle à une conduite saine et honnête de ses affaires. Le fait de m’avoir identifiée et injustement discréditée, envoie à quiconque envisagerait de faire son devoir, le message selon lequel sa crédibilité et sa sécurité seront compromises jusqu’à la fin de leurs jours.

 

J’ai pris de grands risques personnels en participant à la manifestation de la vérité dans une atmosphère hautement politisée. Pour  autant, je me retrouve trahie et dénigrée pour avoir eu assez de courage pour témoigner   d’informations critiques. Mon sort en dit long sur la FIFA et sa manière d’agir. Elle récompense une culture du silence ; ceux qui osent s’exprimer et mettre en question le système ne sont pas seulement mis à l’écart : De manière assez ironique il faut bien l’admettre, le Code Ethique de la FIFA leur dénie toute protection et toute considération.

Phaedra Almajil  

 

 

 

 

 

 

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