Ch
Logo

Ronaldo et Messi, futurs grévistes milliardaires ?

Publié par G Groupe X Bakchich

Menace sur le championnat de football espagnol ? La Fédération espagnole du ballon rond a annoncé une grève des compétitions officielles. Un mouvement soutenu par l’association des joueurs mais condamné par le gouvernement espagnol et la Ligue professionnelle. Un match à quatre sur le sujet épineux de la répartition des revenus des droits télévisés, avec des tacles appuyés des deux côtés.

Le 30 avril dernier, le gouvernement espagnol a adopté un décret qui permet à la Ligue espagnole de football de négocier le montant des droits télévisés avec les diffuseurs, de manière collective (comme en France), et de non plus de manière individuelle (chaque club négocie en direct) comme c’était le cas avant. Ensuite, on répartit le « magot » entre les clubs, un « magot » estimé selon les prévisions des experts à plus d’1 milliard d’euros par saison. La répartition proposée dans le décret est de reverser 90% des droits obtenus aux clubs de première division et 10% aux clubs de seconde division. L’association espagnole des joueurs de football (AFE) réclame davantage de solidarité entre les clubs, tout comme la Fédération espagnole du ballon rond qui estime qu’il faut ne pas que le fossé entre les clubs de ces deux divisions soit trop grand.

Les joueurs solidaires

Dans un monde médiatique où la communication prime, ces syndiqués « footeux » ont mis en scène, jeudi 7 mai, une conférence de presse avec la présence d’une cinquantaine de joueurs dont…. Iker Casillas, le capitaine du Real de Madrid et Gérard Piqué (alias « le mec de Shakira), défenseur emblématique du FC Barcelone ou encore Andres Iniesta, Sergio Ramos, Xavi...Une présence des stars de la « Roja » remarquée bien que leur club respectif, Real et Barça, perdent quelques plumes dans cette nouvelle répartition puisque dans l’ancien système, les deux mastodontes du football ibérique, avec Ronaldo et Pepe en starring au Réal et Messi et Neymar au Baça, négociaient en privé avec les chaînes de TV. Par la voix de leur président, Luis Rubiales, l’AEF a expliqué sa position sur le choix de ce préavis de grève : « Les joueurs veulent se défendre contre ce que nous prenons comme une atteinte à nos droits. Nous sommes pour le principe de la vente centralisée des droits de télévision mais pas comme cela a été fait ». Pour eux, il faut tendre vers une répartition plus solidaire des droits télévisés et se rapprocher d'un partage à 80% / 20% entre les clubs de 1ère et 2ème division plutôt que des 90/10 prévus aujourd’hui par le décret gouvernemental.  

Si du côté de la Fédération espagnole de football (RFEF), ce nouveau décret passe mal sur le fond il passe encore plus mal sur la forme, car l’attitude du gouvernement a fortement déplu. Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy est accusé par les dirigeants de la Fédération d’avoir voulu passer en force, "sans aucun esprit de dialogue", sans prendre en compte " leurs remarques et propositions", de les "mépriser" alors qu’ils sont en charge de l’organisation du football sur l’ensemble du territoire (jeunes, amateurs, féminines).  La RFEF s’insurge aussi contre le mode de redistribution des revenus liés aux paris sportifs, dont 4,55% bénéficieraient à l'Etat, ou encore l'instauration de nouvelles normes de couverture sociale.

Colère de la Ligue

Face à cette menace de grève, la Ligue pro est en colère et a décidé de contre-attaquer. L’instance chargée de gérer le football professionnel a porté plainte contre le syndicat des joueurs professionnels, demandant à la justice des mesures conservatoires pour l'empêcher : « Nous portons plainte parce que la grève est illégale ... parce qu'elle ne porte pas sur des relations de travail ». Si la grève devait avoir lieu, la Ligue a annoncé qu’elle porterait plainte pour réclamer des dommages et intérêts, estimés à 50 millions d’euros par journée de championnat (sachant que les journées des 16 et 23 mai sont menacées ainsi que la finale du 30). Elle a aussi déposé un recours administratif contre la Fédération espagnole de football, avec à sa tête Angel Maria Villar, en poste depuis 27 ans et qui occupe également la chaise de vice-président de la FIFA. Ce dernier subit les attaques de son homologue de la Liga Javier Tebas qui l’accuse "d’utiliser ce conflit comme une excuse pour ne pas avoir à se justifier de la façon dont la Fédération utilise l'argent public, afin d'échapper à un audit du gouvernement depuis des mois ! ".

Le gouvernement justement, via son ministre des sports, Miguel Cardenal, soutient avec force la position de la Ligue professionnelle et dénonce, lui aussi, le comportement de la RFEF : « La Fédération devra expliquer, et elle ne l'a toujours pas fait, ce qui lui déplaît dans ce décret qu'elle avait réclamé à plusieurs reprises, et ce qui l'amène à changer de position de façon aussi surprenante. De plus, cette  menace de grève des footballeurs nuit à l'image du football espagnol et à sa capacité à commercialiser ses droits télévisés.»

Appel(s) au dialogue

Pour le moment, personne ne sait si, dimanche prochain, le 16 mai, les nombreux amoureux français du football espagnol seront privés de leur rendez-vous hebdomadaire avec les stars du FC Barcelone, du Real de Madrid, de l’Atletico Madrid…En conférence de presse, le coach barcelonais, Luis Enrique, toujours en course pour un triplé historique (Championnat/Coupe du Roi/Ligue des Champions), a réclamé « la reprise du dialogue au plus vite entre les instances ». L’entraîneur italien du Real de Madrid, Carlo Ancelotti, a, lui, lancé un appel à la raison : « Je crois qu'il a manqué un peu de communication entre les parties. Elles vont se réunir et au final elles prendront une décision juste. Je ne crois pas que la Liga s'arrête, et je pense qu'elle va se terminer normalement ».

C’est tout ce qu’espèrent les dirigeants du Parti Populaire espagnol, inquiets de voir ses électeurs potentiels privés de ballon rond à quelques semaines d’élections régionales et municipales. Nul doute d’ailleurs que l’AFE et la RFEF n’auraient pas lancé ce préavis de grève sans la perspective de ces échéances électorales. Au regard du poids du football dans la vie d’une majorité espagnols (trois quotidiens sur l’actualité foot !), le gouvernement ne peut se permettre de laisser le dossier s’enliser. Les « footeux » l’ont bien compris et espèrent que le gouvernement acceptera, pour éviter que « leurs électeurs » ne soient privés de ballon rond, de répondre à leurs revendications.

Au fond, personne ne croit vraiment à cette grève. Surtout qu’au préalable, tous sont d’accord sur le principe : la répartition collective. Reste donc à peaufiner quelques détails. La Ligue et la Fédération ont rendez-vous ce lundi pour une première tentative de conciliation.

.

La manne des Droits Télévisés

Angleterre : 2,3 milliard d’euros

Italie : 915 millions d’euros

Espagne : 800 millions à 1 milliard d’euros 

France : 748,5 millions d’euros

Allemagne : 675 millions d’euros

Source : Challenge.fr

Mots-clefs : , , , , , ,

Publié dans la catégorie Sport
Sur le même sujet
Small jpg jpg bakcap1 583d8 0 Les matchs truqués collent aux Basques espagnols 0
22 décembre 2008 Comme en écho à la sympathique manifestation du 4 novembre à Oerlikon sur le thème de la force de...
Small jpg trafic coke football Poudre blanche pour pieds carrés 0
28 février 2009 C’était fatal. Après avoir fait son ordinaire du football Est européen un brin famélique, le crim...
Small l80xh80 l80xh80 jpg drogba d0514 40377 Mourinho cocufie le Barça 0
29 mai 2010 Il a finalement fallu attendre vendredi et le "pourboire" de 8 millions d’euros laissé par le Rea...
Small jpg jpg cahiers du foot c0353 0 Petits ponts entre dérives 0
17 avril 2009 Cet article vient en complément du dossier « Crise : la fin des années fric ? » du numéro 43 des ...
En Europe de l’Est, le football se joue à balles réelles 0
20 janvier 2009 Dans le football balkanique, ce n’est pas la profession de joueur, de coach ou de patron de club ...