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Cadeau de «Noël» raté de la France à Sepp Blatter

Publié par G Groupe X Bakchich

Malgré les prémices du plus grand scandale de corruption de l’histoire de la FIFA, malgré sa promesse de ne pas repartir pour un cinquième mandat, Sepp Blatter, 79 ans, avait été réélu fin mai à la tête de la puissante Fédération Internationale du football. Avec parmi les 133 voix de sa victoire, contre 73 à son adversaire, le Prince Ali, celle inattendue…. de la France. Sa démission surprise intervenue le 2 juin jette encore un peu plus le trouble sur le choix de Noël Le Graët de voter pour cet homme.

Dans les heures qui ont suivi la vague d’arrestation, à la demande de la justice américaine, de sept responsables influents de la FIFA dans un hôtel de Zurich (suite à des faits de corruption et de blanchiment d’argent), Michel Platini, président de l’UEFA s’était dit « dégoûté, écoeuré. Les gens en ont marre de tout cela. Il faut que cela change ». « Platoche » appelait au départ de Sepp Blatter, « les gens ne veulent plus de ce président et moi non plus. Je viens de lui demander de quitter, de démissionner de la FIFA. ». En vain pensait-on alors. Pour beaucoup d’observateurs du monde du ballon rond, même si Blatter n’est pas accusé lui-même de faits de corruption, le Big Boss de l’institution depuis 1998 ne peut s’exonérer de toute responsabilité dans ce qui se trame depuis des années dans les coulisses des attributions des compétitions mondiales, des négociations des droits TV et marketing.

La France contre Platini

Dans la foulée de son appel à la démission, et après s’être vu refusé le report des élections du nouveau président de la FIFA, le président Platini avait exhorté l’ensemble des présidents de fédérations européennes à voter pour l’adversaire de Blatter, le jordanien Ali bin Al Hussein, jeune (trop ?) candidat inexpérimenté de 39 ans. (Il obtiendra 73 voix contre 133). L’homme fort de l’UEFA avait été entendu par une large majorité des 53 pays membres. Mais quelques irréductibles défenseurs du « parrain » Blatter avaient résisté et n’avaient pas appliqué la consigne de vote… Dont un certain….. Noël Le Graët, le président de la Fédération Française de Football. Une décision qui avait provoqué la colère de Platini, furieux de voir la France soutenir un candidat à l’image détériorée et de ne pas suivre la position commune. A l’inverse, on imagine le plaisir certain de Blatter à voir la France, pays d’origine de son ennemi Platini, le soutenir. De là à émettre l’hypothèse que « Sepp » avait « offert » à la France l’organisation du mondial féminin de 2019 pour s’assurer de son vote au congrès et cerise sur le gâteau, emmerder Platini….

La France comme la Russie de Poutine

Pourtant, à l’annonce de l’arrestation des dirigeants de la FIFA dans un hôtel de Zurich, l’ancien président de la Ligue nationale avait joué les vierges effarouchées, s’indignant devant de tels agissements contraires à la morale. Mais le jour du vote, Noël Le Graët a choisi de maintenir le presque octogénaire dans ses fonctions de président de la FIFA. Une position identique à celle de la Russie de Poutine. Coïncidence ou non, les Russes ont obtenu l’organisation du mondial de football de 2018, la France celle du mondial féminin en 2019. Non, vous n’allez pas me dire que la France s’est désolidarisée de la position européenne pour voter Blatter en « échange du service rendu » ! Une manière ainsi pour la FFF de reconnaître et valider le système clientéliste mis en place par Sepp Blatter (ou plutôt son prédécesseur, le brésilien Joe Havelange (pdt 1974-1988), un adepte notoire de la corruption, qui avait pour secrétaire un certain…. Sepp Blatter). Devant les premières critiques sur son choix de voter pour le président sortant lors du congrès de la FIFA, Le Graët a tenté de se justifier : « Oui, j'ai voté Blatter. Pour moi, entre lui et le prince Ali, il était la meilleure solution. Je pense que la Fifa, avec ses nouveaux dirigeants au comité exécutif, dont de très bons issus de l'UEFA, va être costaude. Je pense aussi que l'Europe de l'Ouest s'est déchaînée un peu trop, à mon sens, contre Blatter. Jusqu'à preuve du contraire, dans les affaires dont on parle, l'argent n'est pas sorti des caisses de la Fifa". Un argumentaire très vite mis à mal puisque l’anglais David Hill qui devait siéger, au titre de membre de l’UEFA, au Comité exécutif et occuper un poste de vice-président de la FIFA, a choisi de refuser le poste pour protester face au maintien du dirigeant suisse. Et beaucoup estiment que l’enquête du FBI ne fait que commencer et que Blatter sera convoqué prochainement par la justice américaine.

Le Breton est têtu

Le ministre des sports français Patrick Kanner avait tenté pourtant d’influer de manière diplomatique le vote du président breton. « Je n’ai pas de consigne à donner à Noël Le Graët. C’est un vote à bulletin secret, en son âme et conscience. Mais il est clair aujourd’hui que la gestion de Sepp Blatter est sur la sellette et devant les médias. A lui de prendre ses responsabilités ». Il les a prises. Même le président de la République François Hollande a dû s’interroger sur la position de son « camarade socialiste », lui qui avait sévèrement réagi aux accusations de corruptions lancées contre la FIFA : « J'ai une éthique en matière sportive. Ce n'est pas seulement l'éthique sur le terrain. C'est l'éthique dans les attributions des compétitions car c'est cela qui est en cause. Nous sommes candidats pour les grandes compétitions. J'ai toute confiance dans les organisations qui vont prendre ces décisions. Il leur appartient de faire le clair sur ce qui a pu se passer dans les années qui viennent de s'écouler et à la justice (...) de vérifier ce qui s'est produit ». Mais l'on sait que, parfois, entre les discours des socialistes et leurs actes...

Le Graët et l’éthique

Beaucoup d’observateurs du monde du football n’ont pas été surpris du soutien de Le Graët au controversé patron du football mondial. L’ancien président du club de Guingamp a sa propre manière de penser, d’agir, qui ne colle pas toujours avec l’éthique et la morale. Loin de son image qu’il s’est construite de sympathique président d’En Avant Guingamp, le p’tit club qui résiste aux gros (1972-1991, 2001-2011), de maire socialiste dévoué de la ville bretonne (1995-2008), et de président intègre de la Ligue nationale de football (1991-2000). Ainsi, dans l’émission Cash Investigations diffusée sur France 2, Noël Le Graët, au micro d’Elise Lucet, avait défendu, par exemple, la présence d’agents (Hutteau, Frelot) déjà condamnés par la justice ou ne respectant pas les règles en vigueur sur la liste officielle. Un mépris des lois existantes assumé face caméra. « C'est pas important, important, franchement; c'est obligatoire qu'ils envoient leur liste, mais s'ils le font pas, c'est pas un drame, avait lancé le président de la FFF. Je défends aussi les agents qui se comportent bien, et ce monsieur se comporte très bien. Je n'ai jamais entendu parler de lui sur un incident, nulle part. Un discours qui avait suscité la colère du syndicat des agents de joueurs qui travaille pour redorer l’image d’une profession pas toujours bien vue : " L'incroyable légèreté de la FFF illustrée par un président avouant que ses règlements ne s'appliquent pas à ceux qui sont dans sa cour, même s'ils se moquent des lois. Le football ne saurait plus longtemps rester au-dessus de la République et il est temps que le ministère cesse son incroyable aveuglement. Dans ces conditions, le SNAS, à tout le moins, exige la démission du président Le Graët ". Ne parlez pas non plus du président de la 3F du côté de l’AS Cannes, du Stade Brestois ou de l’OM. Les supporters de ces trois clubs n’ont pas digéré l’attitude de Le Graët lorsqu’il était à la tête de la LFP. Il avait, selon eux, tout fait pour activer la rétrogradation de leurs clubs respectifs, suite à des problèmes financiers, pour, avait-il dit à l’époque, protéger l’image d’un football français propre et au-dessus de tout soupçon. On se souvient aussi qu’il avait choisi en 2008 de soutenir Raymond Domenech pour le renouvellement de son contrat de sélectionneur malgré un EURO désastreux et une image détériorée par notamment sa rocambolesque demande en mariage.

Pris à contre pied

Pour le président de la Fédération française de football, l’annonce surprise de la démission de Sepp Blatter de son poste de président de la FIFA a du être un bien mauvais moment à passer. Noël Le Graët doit aujourd’hui s’interroger sur son choix de soutenir un homme à l’image dévastée par les affaires. Et même si lui n’a pas fauté de manière directe, comment cautionner la politique d’un homme dont l’immense majorité de ses proches collaborateurs sont montrés du doigt par la jsutice?  Une grossière erreur, pour rester poli. 


Savoir plus : La FIFA regroupe 209 pays membres répartis en six confédérations membres à savoir l’UEFA (Europe), l'AFC (Asie), la CONMEBOL (Amérique du Sud), la CAF (Afrique), l'OFC (Océanie) et la CONCACAF (Amérique du Nord, centrale et Caraïbes). Chacune de ses confédérations détient un nombre de voix en fonction du nombre de pays rattachés. (Ex : UEFA = 53 pays membres dont la Russie et Israël et donc, 53 voix).

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Publié dans la catégorie Sport
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