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Eros en son royaume

Publié par G Groupe X Bakchich

Pas de rabatteur devant la porte mais deux statues du Bouddha souriant qui annoncent la couleur. Pas de musique techno pour faire se trémousser la danseuse de peep-show sous le regard torve de clients libidineux mais un son jazzy s’accordant au rythme nonchalant de la visite.

Zeste de désir - JPG - 6 ko Zeste de désir © Musée de l’érotisme. Collection Art contemporain

« Je vous suggère le sous-sol pour commencer », nous encourage la gardienne des lieux à l’entrée du musée. Descendre dans la pénombre pour rejoindre un lieu obscur n’est pourtant pas au programme de l’invitation : à l’inverse, l’espace lumineux regorge d’objets et de dessins insolites autour du thème de l’humour grivois. Miniatures péruviennes, peintures issues de la Côte-d’Ivoire, gadgets farfelus datant des années 50 « à destination personnelle », esquisses ayant dû émoustiller les âmes sensibles de l’époque. Dans le style du caricaturiste Albert Dubout, qui admirait et se gaussait tendrement des rondeurs et des charmes féminins, on peut ici observer des pièces curieuses mettant en scène l’union des êtres humains.

De l’exhibition à l’exposition

Après le sous-sol, il y a l’embarras du choix : six étages sont à la disposition du contemplatif. Près de 2000 objets ont été amassés par trois collectionneurs au gré de leurs voyages : l’un d’eux, également directeur du musée, Joseph Khalifa, n’est pas peu fier d’avoir réussi en 1997 le tour de force d’ouvrir au cœur de Paris un lieu artistique dévoué aux œuvres érotiques, et cela sans subvention ni soutien politique. Alors que l’intelligentsia observait d’un œil méfiant la naissance d’un tel ovni dans le paysage culturel, le musée est devenu, dix ans après, un point de passage obligé pour les touristes mais aussi un lieu respectable recherché par les artistes en quête de lieux d’exposition.

Mais les préjugés ont la vie dure. Alors que Hambourg, Berlin et Copenhague disposent depuis longtemps d’un musée équivalent, la France avait longtemps relégué l’art érotique aux alcôves privées et aux galeries éphémères. Mauvais calcul : aujourd’hui, le musée de Pigalle est une entreprise rentable et prospère, « appréciée de la municipalité » et courtisée pour s’y voir exposer, selon son conservateur Alain Plummey.

Gloire à l’Empire des sens

C’est ainsi que vient de débuter une exposition consacrée à la « nouvelle génération érotique au Japon » : dessins, mangas, posters, estampes, peintures de Hayashi, photographies par Kibimecca, d’inspiration surréaliste ou futuriste, certaines pièces abordant le thème sensible du bondage tandis que d’autres relèvent du romantisme fleur bleue mâtiné de sensualité. Les visiteurs semblent ravis.

Touristes, Parisiens, bobos, précieux, jeunes et vieux, en solo ou en couple, tous écarquillent les yeux devant l’audace et la beauté de certaines fresques. Aux trois derniers étages réservés au Japon, la connivence est de mise parmi les badauds désinhibés d’être parvenus jusqu’ici. Chaque jour, quelque 250 curieux se rendent chez Éros.

Le deuxième étage est l’occasion d’une réflexion sociale : on y découvre les visages et les écrits de prostituées de l’entre-deux guerres. Entre libertinage insolent et austérité mercantile, les expériences au sein des maisons closes sont à l’image du musée, éclectiques. Des tenues de comptabilité décrivant la clientèle sont consultables, avec des détails saugrenus et cocasses. Quelques monotypes de Degas côtoient le texte de la chanson de Brassens « Gare au gorille ». Souriantes ou tristes, les filles de joie des années 20 laissent l’objectif capter leur douce mélancolie.

Deux amants en plein ébats - JPG - 38.1 ko Deux amants en plein ébats © Musée de l’érotisme. Collection Art sacré

Moines paillards et sœurs ribaudes

Au premier étage, c’est l’Orient qui s’expose, entre figurines du Kama-Sutra, céramiques de Bali et gouaches ottomanes, entourées d’amulettes votives de Thaïlande devant ramener la fertilité. Des icônes russes plutôt trash révèlent une grivoiserie teintée d’anti-cléricalisme féroce. Plus loin, des écrans vidéo montrent des moines paillards et des sœurs ribaudes s’adonner en noir et blanc au plaisir de la chair. Du ciel à la terre, retour au rez-de-chaussée.

Avant de quitter les lieux, le visiteur pourra s’arrêter un instant sur cet aveu du célèbre abbé Grégoire, évêque de Blois, datant de 1794 et plus que jamais d’actualité. « Les œuvres érotiques servent à l’histoire de l’humanité, des mœurs, des coutumes et des arts. C’est sur les productions de cette espèce que l’observateur éclairé juge souvent le siècle qui les a vues naître ». Les voies du Seigneur sont impénétrables.

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